👯 American History X Entier En Français

5Mille exemples se présentent du foisonnement des situations de violence en histoire : violence urba ; 4 Pour chacun de ces aspects, une histoire est possible, histoire éclatée au gré des situations et des contextes de violence dans la longue histoire du malheur des hommes5.Ce que nous voudrions plutôt faire ici, c’est tenter une première analyse de ce que l’on pourrait appeler

colloque "L’histoire transnationale de l’industrialisation française avant 1914" 6-8 novembre 2019, Institut historique allemand, Paris, 2019Pierre Mounier-KuhnThis PaperA short summary of this paper36 Full PDFs related to this paperDownloadPDF Pack

Culkins'inscrit comme l'un des enfants stars les plus emblématiques. Il a connu un succès extrêmement important à Hollywood puis dans le monde entier Editor’s notes François Brunet est américaniste, professeur à l’université de Paris VII-Denis Diderot. Il a publié La Naissance de l’idée de photographie aux Presses universitaires de France en 2000. Full text Fig. 1. L. Hill, femme tenant un drap d’après peinture ou estampe, hillotype, 21,5 x 16,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855, Photographic History Collection, National Museum of American History, Smithsonian Institution. Nota bene le crédit de cette image, commun à toutes les illustrations de l’article, ne srea pas répété dans les légendes suivantes. 1 Je remercie chaleureusement le National Museum of American History, Smithsonian Institution, Washin ... 1En 1851, l’annonce dans les journaux américains d’un procédé de daguerréotypie en couleurs, baptisé hillotype d’après son inventeur, Levi Hill, fit aux États-Unis et en Europe une énorme sensation, pour tourner bientôt à la controverse et finir en opprobre public pour l’intéressé, accusé de mensonge et de charlatanisme. Cette affaire est généralement traitée comme une simple anecdote dans les histoires de la photographie, et la teneur exacte du procédé est restée incertaine jusqu’à nos jours. Pourtant, les soixante-deux plaques hillotypiques conservées à la Smithsonian Institution à Washington, rarement reproduites et difficiles à reproduire en raison de leur pâleur, montrent distinctement des traces de couleur qui ne relèvent apparemment pas du coloriage ; les exemples que nous proposons, jusqu’ici inédits, ne peuvent guère manquer de susciter l’intérêt fig. 1 à 91. Le propos de cet article n’est pas, cependant, de chercher à valider ou à invalider les titres de l’inventeur américain, ni a fortiori de décrire ou d’analyser son procédé, éminemment complexe. On s’intéressera ici à l’affaire Hill, plutôt qu’à la nature du hillotype ; et on étudiera cette affaire sous l’angle nouveau, et apparemment secondaire, de sa réception contemporaine en France. Cette réception, très négative, contribua au discrédit de l’inventeur dans son pays, tout en tenant lieu en France d’histoire de la photographie américaine ; à travers elle, on percevra peut-être mieux l’importance, régulièrement sous-estimée, des facteurs sociaux et institutionnels dans l’histoire des techniques photographiques. Inventeur génial ou charlatan éhonté ? 2 Levi Hill, The Magic Buff and Other Improvements, Lexington, Holmes & Grey, 1850 brochure publiée ... 3 Daguerreian Journal, vol. 2 1851, p. 17, cit. in Beaumont Newhall, The History of Photography, 5e... 4 Après lui avoir conseillé au contraire de publier cf. P. Liebhold, art. cit., et Kenneth Silverma ... 5 Ce traité aujourd’hui très rare a été réédité par Carnation Press, 1992 ; extraits dans Foresta et ... 2Tâchons d’abord de retracer les grandes lignes d’une affaire très confuse. Celle-ci commence fin 1850 avec la publication d’une brochure sur le daguerréotype par un certain Levi Hill, pasteur baptiste du village de Westkill, dans le nord de l’État de New York2. L’auteur annonce la découverte de certains faits remarquables, ayant trait à un procédé de daguerréotypie dans les couleurs de la nature » et promet d’en fournir sous peu la recette à tous ceux qui voudront bien payer un prix modéré pour cela. » À la différence du mémoire de Niépce de Saint-Victor sur l’héliochromie, paru un peu plus tôt, cette brochure ne décrit aucun procédé. Elle fait néanmoins sensation dans les colonnes des deux premiers périodiques photographiques du monde, le Photographic Art Journal de Henry H. Snelling et le Daguerreian Journal de Samuel D. Humphrey, lequel conclut de sa visite à l’inventeur Si Raphaël avait pu contempler un hillotype avant de terminer sa Transfiguration, la palette et la brosse lui seraient tombées des mains, et le tableau serait resté inachevé3. » À partir de 1851, le tout-New York de la photographie va se rendre chez Hill, à commencer par Samuel Morse, le parrain du daguerréotype aux États-Unis, qui attestera la véracité des dires de Hill et – presque seul contre tous – défendra les droits de ce dernier à garder son secret4. Car l’inventeur, pour des raisons complexes et incomplètement élucidées, ne souhaite ni publier, ni breveter, ni vendre, ni encore moins décrire ce secret, et, au lieu de cela, multiplie entre 1851 et 1855 les souscriptions pour des éditions légèrement remaniées de son manuel. Les daguerréotypistes américains – victimes, dira-t-on, d’une baisse des ventes, le public préférant attendre la couleur – interprètent ces appels comme des manœuvres puis comme de pures et simples supercheries. De visites en tractations, de souscriptions en certificats, de soupçons en dénonciations – le magazine Scientific American, en particulier, prend parti contre Hill – et jusqu’à l’intervention d’un comité sénatorial, qui rendra un rapport favorable sans lui donner de suites, l’affaire fait un énorme scandale, aux États-Unis et en Europe, et traîne pendant cinq ans. Quand le procédé sera enfin dévoilé, dans A Treatise on Heliochromy 1856, il passera complètement inaperçu, tout le monde s’étant convaincu que Hill n’était qu’un imposteur, et le daguerréotype étant alors en nette perte de vitesse5. 6 Marcus Root, The Camera and the Pencil Philadelphie, 1864, repr. Pawlet, Helios, 1971, intr. de B ... 7 Cit. in B. Newhall, op. cit., p. 272. 8 Josef-Maria Eder, History of Photography 1932, New York, Dover, 1978, p. 316. 9 Exception notable, la petite Histoire de la photographie de Jean-A. Keim Paris, Puf, “Que-sais-je ... 10 B. Newhall, op. cit., p. 272. 11 Naomi Rosenblum, Une histoire mondiale de la photographie, Paris, New York et Londres, Abbeville Pr ... 12 R. Taft, op. cit., p. 91. B. Newhall poursuivit lui-même l’enquête dans The Daguerreotype in Americ ... 13 Don en 1933 du Dr John Garrison, gendre de Levi Hill, comprenant, outre un portrait de l’inventeur ... 14 Floyd et Marion Rinhart, The American Daguerreotype, Athens, University of Georgia Press, 1981, p. ... 3Les historiens ont largement entériné ce jugement négatif, à commencer par les contemporains de Hill. Marcus Root, qui avait pourtant témoigné en faveur du hillotype, conclut en 1864 que les épreuves montrées par Hill avaient été coloriées aux pigments, et que même s’il avait obtenu un succès partiel », il y avait eu tromperie »6. Quant à John Towler, il écrit dans sa nécrologie de Hill en 1865 que les hillotypes étaient produits par une combinaison accidentelle de produits chimiques que [Hill], à son désespoir, ne put jamais reproduire7 ». Et l’historiographie du xxe siècle s’est généralement contentée de suivre l’une ou l’autre de ces deux pistes. Pour Josef-Maria Eder, Hill vendit des licences sur un procédé qui s’avéra n’être rien d’autre que de la peinture sur daguerréotype8 ». Helmut Gernsheim ne semble pas parler de Hill. La même indifférence a prévalu en France depuis Georges Potonniée9. Même aux États-Unis, le diagnostic n’a guère été favorable, surtout dans l’historiographie muséographique. Beaumont Newhall concluait dans la dernière édition de son History que le traité de 1856 était confus » et l’invention probablement accidentelle10 ; Naomi Rosenblum juge le procédé inefficace » et voit dans les résultats de Hill le fruit du hasard11. Quant à la foisonnante historiographie américaine des collectionneurs et des amateurs de daguerréotypes, si elle a exploré l’affaire en détail, elle n’est pas parvenue à des conclusions beaucoup plus favorables. Robert Taft, en 1938, proposait le premier récit circonstancié, pour conclure à la possibilité ténue que Hill ait vraiment découvert un procédé couleur12 ». Ce sont surtout les collectionneurs Floyd et Marion Rinhart qui ont fait avancer le débat, en donnant dans leurs deux livres une analyse précise de la partie technique du traité de 1856 et des éléments de description des 62 hillotypes légués à la Smithsonian Institution en 1933 par le gendre de Hill13. Curieusement, cependant, après avoir rejeté la thèse de l’invention accidentelle comme celle du coloriage, les Rinhart se bornent à noter qu’après la publication tardive de son livre de 1856, Hill doit avoir conclu que le daguerréotype était passé à l’histoire et qu’une reconnaissance majeure de son procédé ne viendrait jamais » ; déplorant une histoire tragique », ils appellent de leurs vœux une recréation expérimentale du procédé14. Fig. 2. L. Hill, cavalier chutant de son cheval d’après peinture ou estampe, hillotype, 16,5 x 21,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855. 15 Joseph Boudreau, “Color Daguerreotypes Hillotypes Recreated”, in Eugene Ostroff, ed., Pioneers of ... 16 Michael G. Jacob, Il Dagherrotipo a colori, Technische e conservazione, Florence, Nardini, 1992, p. ... 17 Cf. J. Boudreau, p. 198 ; F. et M. Rinhart, art. cit. Voir aussi, sur le thème des injustices de l’ ... 4Tandis que le thème des injustices du destin se perpétue aujourd’hui sur divers sites web spécialisés, une telle expérimentation a bel et bien été réalisée, et publiée en 1987, par l’historien et daguerréotypiste Joseph Boudreau, qui a réalisé des hillotypes en suivant la méthode décrite dans le traité de 1856 ; il apparaît que cette méthode, quoique difficile, était clairement exposée par Hill et qu’elle produit bien des daguerréotypes en couleurs, et non pas simplement irisés15. Un collectionneur et expert, Mike Jacob, a décrit dans un opuscule de 1992 les hillotypes conservés à Washington et conclu que les couleurs chimiquement inscrites sur ces plaques couvrent tout le spectre » et semblent présenter une surface lisse, chimiquement homogène, et non pas la surface plus irrégulière de plaques coloriées par la main de l’homme »16. Ces auteurs s’accordent néanmoins à concéder que la nature des réactions chimiques à l’œuvre et celle des composés de chlorures résultants ne sont pas élucidées, rejoignant ainsi l’opinion de Hill lui-même17. Prenant acte de ces expériences, l’historien John Wood aboutit en 1995 à une conclusion qui ne laisse pas d’étonner 18 J. Wood, “The Secret Revealed Literature of the Daguerreotype”, in M. A. Foresta et J. Wood, op. ... Je n’ai pas de doute que Hill ait bien produit des plaques dans les couleurs naturelles, mais sa réticence à exposer son travail, ses réclames et ses appels à la Barnum, ses produits et ses procédés mis en vente à des prix gonflés, et le manque de franchise de son approche, même envers ses défenseurs, jettent le doute sur ce qu’il a bien pu réaliser en vérité18. » Fig. 3. L. Hill, discussion de soldats avec un drapeau français d’après peinture ou estampe, 16,5 x 21,5 cm pleine plaque, hillotype, v. 1850-1855. 5Autrement dit, quand bien même Hill serait un grand inventeur, il serait encore et surtout un charlatan – et l’on en à vient à se demander à quoi sert l’historiographie de la photographie. À tout le moins, on peut se demander comment tant d’efforts érudits aboutissent à des conclusions aussi frustrantes, et reconduisent des catégories moralisantes, là où de toute évidence – c’est du moins mon hypothèse – la dimension sociale et institutionnelle doit être prise en compte. L’on peut aussi s’étonner qu’un John Wood, par ailleurs champion de l’esthétique “native” du daguerréotype américain, reproduise en 1995 un Hill caricatural, proche des portraits vengeurs qu’en dressèrent les commentateurs du xixe siècle, notamment français. Un célèbre puff » 19 Louis Figuier, Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes, éd. cons ... 20 Voir Ernest Lacan, Esquisses photographiques, Paris, Grassart/Gaudin, 1856, p. 52-53 ; et Gaston Ti ... 21 Philippe Roger, L'Ennemi américain. Généalogie de l'antiaméricanisme français, Paris, Seuil, 2002, ... 6Le fait est peu connu le révérend Hill et son invention ont nourri en France une mythologie de l’Amérique photographique, mythologie un peu courte, mais acerbe et durable. Inspirée indirectement par les comptes rendus américains contemporains, généralement critiques contre Hill, et issue des colonnes de La Lumière, où, on le verra, un véritable feuilleton Hill se donna libre cours entre 1851 et 1853, cette satire du charlatanisme américain se perpétua dans une série d’ouvrages postérieurs ; je l’examinerai moins pour son contenu, peu original, que pour le point de vue français qui l’imprègne. Les principales étapes en sont le récit extrêmement détaillé fourni en 1853 par Louis Figuier, lequel ne se lassa jamais de narrer, citations à l’appui, ce célèbre puff américain19 » ; et la page vengeresse qu’y consacrait Ernest Lacan dans ses Esquisses photographiques 1856. On peut y ajouter un passage des Dissertations d’Alexandre Ken 1864 et un autre du même acabit dans les Merveilles de la photographie de Gaston Tissandier 1875, 188220. À l’image du mot qui la résume, puff, désignant à la fois la fumée et le boniment et censément emprunté aux détracteurs américains de Hill, l’histoire du hillotype telle que la racontent les spécialistes nationaux est à la fois fidèle à son canevas d’origine et imprégnée du point de vue de l’anti-américanisme français, tel que l’a brillamment étudié Philippe Roger21. On se bornera ici à mentionner deux thèmes. Fig. 4. L. Hill, la Cène d’après une peinture ou estampe, hillotype, 16,5 x 21,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855. 7Le premier est l’appât du gain, résumé par la somme astronomique qu’aurait encaissée Hill selon Ernest Lacan 200 000 francs ; cette cupidité est d’autant plus méprisable qu’elle est le fait d’un révérend on reconnaît ici la figure du “dieu dollar”, dont les ignobles manœuvres sont systématiquement mises en regard, dans ces textes fort chauvins, du désintéressement » et du dénuement » prêtés au soldat » Niépce de Saint-Victor. Le second thème est l’enflure du discours, accusation qui certes se justifie amplement des reproches adressés à Hill par ses compatriotes, mais qui s’enrichit ici de la distance romanesque de Paris à Westkill l’invention de M. Hill », ce n’était qu’une harangue de camelot yankee, une parole certes efficace les 200 000 francs… mais dont le succès même témoigne d’un contexte barbare, comme on le voit dans la saisissante hypotypose mise en œuvre par E. Lacan “[…] Souscrivez donc ! et, avec l’aide de Dieu et de vos dollars, je doterai mon pays de la plus magnifique découverte des temps modernes le Hillotype.” ». Grâce à ces deux thèmes, entre autres, le roman Hill sert de contrepoint drolatique au sérieux positif associé aux mémoires de Niépce de Saint-Victor. 22 Voir par exemple Lacan, op. cit., p. 147-149, et les références à la photographie en Amérique dans ... 8Si le hillotype a échoué comme procédé, il n’a donc pas été perdu – comme ressource rhétorique – pour tout le monde. Ce qui montre surtout la réussite de l’opération éditoriale et idéologique est la longévité exceptionnelle de cette anecdote en France, dont témoignent les ouvrages de Figuier et de Tissandier vers 1880 et même 1890, Hill était oublié aux États-Unis, mais faisait encore recette en France. Le fait est d’autant plus notable que jusqu’à l’apparition du Kodak 1888 au moins, cette célèbre mystification » reste à peu près le seul sujet américain à exciter quelque intérêt des historiens français, au xixe comme au xxe siècle, exception faite des statistiques impres­sionnantes de la photographie américaine que citaient volontiers les auteurs du xixe22. Lacan et consorts contribuèrent ainsi à une indifférence, voire à une incompréhension, de la photographie américaine qui, à côté de ses effets comiques, accentua l’effet “révolutionnaire” associé aux mutations de l’après-1890. On va voir cependant, en revenant au feuilleton de La Lumière, que la comédie française du hillotype joua sans doute aussi un rôle immédiat dans l’échec de l’inventeur américain. Le feuilleton de La Lumière. Fig. 5. L. Hill, portrait d’homme de style napoléonien d’après peinture ou estampe, hillotype, 21,5 x 16,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855. 23 R. Taft, op. cit., p. 84-87 ; William Welling, Photography in America The Formative Years 1839-19 ... 9Comme le notait Robert Taft, la controverse sur le hillotype débute – en 1851 – au moment précis où émergent, aux États-Unis comme en France, les premiers organes photographiques, journaux et associations, sur fond de déclin du daguerréotype mais aussi de dissensions internes aux milieux concernés23. Aux États-Unis, l’annonce du procédé paraît intervenir exprès pour nourrir les colonnes des deux premiers périodiques The Daguerreian Journal [DJ], apparu en novembre 1850, qui sera le plus fidèle soutien de Hill et dont ce dernier deviendra d’ailleurs rédacteur en mai 1851, et le plus artiste The Photographic Art Journal [PAJ], qui débute en janvier 1851. Quant à La Lumière, apparu en février 1851, il n’y consacre pas moins de six articles de juin à octobre 1851, et encore huit autres par la suite. On peut voir avec André Gunthert une forme de remplissage » dans ces habillages éditoriaux de traductions du PAJ plutôt que du DJ, très peu cité puis, surtout, du Scientific American [SA], qui se fait remarquer en France par sa croisade contre Hill et pour Niépce de Saint-Victor ainsi que pour un autre inventeur américain du daguerréotype en couleurs, Jason Campbell, lequel publia son procédé dans le SA et marqua sa dette à l’endroit de l’inventeur français. Toujours est-il que l’affaire Hill contribua aussi à lancer La Lumière. Fig. 6. L. Hill, nature morte d’après peinture ou estampe, hillotype, 21,5 x 16,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855. 24 Cf. La Lumière, vol. 1, n° 17 1er juin 1851, p. 67. Dès le 5 août, Lacan cite un autre article du ... 10Le second fait remarquable est la rapidité fulgurante du trajet éditorial qui mène Lacan d’une phase de vif intérêt pour le hillotype à une condamnation sans appel de son inventeur. Ce trajet s’accomplit, pour l’essentiel, de juin 1851 – où Lacan, citant Henry H. Snelling, déclare qu’il n’est pas possible de douter » de la découverte de Hill – à octobre de la même année, où le renversement de position est consommé. Revenant sur les hommages rendus en Amérique à Niépce de Saint-Victor, Lacan enfonce alors le clou à l’aide d’un extrait du SA du 20 septembre, qui déclare à l’encontre de Hill La gloire de la découverte appartient de droit à celui qui le premier l’a donnée au monde, fait qu’on n’apprécie pas aussi bien ici [aux États-Unis] qu’en Europe. » Conclusion de Lacan [Hill] a trop attendu. » Les lecteurs du magazine français peuvent avoir l’impression que l’affaire est close24. Fig. 7. L. Hill, paysage d’après nature, hillotype, 21,5 x 16,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855. 25 La Lumière, 6 mars 1852 vol. 2, n°11, p. 41-42.Toujours appuyé sur des sources américaines, le te ... 26 “Nouvelles d’Amérique”, La Lumière, 27 novembre 1852 vol. 2, n° 49, p. 193-194. La lettre-manifest ... 27 En avril 1852 déjà, Hill avait fait état à Samuel Morse de sa défiance à l’égard des savants fran ... 28 Le feuilleton dégénéra en 1853 en controverse franco-française, entre Lacan et La Lumière d’un côté ... 11Alors que la controverse va durer encore deux bonnes années au moins aux États-Unis, elle prendra désormais dans La Lumière l’allure d’un roman-feuilleton, qui trouve précocement son “dénouement” dans l’article de une du 6 mars 1852, intitulé “Nouvelles d’Amérique – La découverte de M. Hill – Dénouement” et qui s’ouvre sur un Chers lecteurs, vous n’entendrez plus parler de M. Hill. » C’est cet article qui, démasquant Hill, fondera la légende française du hillotype25. Ce ton satirique ne fera que s’amplifier en 1852-1853, alors que la controverse revêt aux États-Unis une dimension patriotique croissante mais complexe. Il y a alors débat, aux États-Unis, entre une position pro-Hill dictée notamment par le patriotisme et une position anti-Hill appuyée a contrario sur l’exemple de la générosité » de Niépce de Saint-Victor ; Lacan exploite impudemment ce débat. Peu après la parution du troisième mémoire de Niépce de Saint-Victor, La Lumière publie la traduction d’un long manifeste de Hill, précédée de cet exergue à la Eugène Sue Hill vit, Hill agit, Hill écrit – longuement même. » Dans ce texte, Hill fustige ceux de ses concitoyens qui renoncent aux honneurs qui croissent dans nos montagnes the honors that grow in our mountains pour les remettre dans les mains de la belle France », c’est-à-dire les adeptes de Niépce de Saint-Victor, et affirme Cette invention est mienne dans toutes les acceptions du mot, et elle n’appartient à personne d’autre… seulement je suis tenu d’en faire quelque chose d’utile. Je regarde comme indiscutable mon droit naturel et légal de la garder tout entière pour moi, ou d’en disposer », en commençant par l’élever en paix au milieu de mes montagnes ». Précisant son attaque, Hill affirme que le principal but de sa lettre est de conserver à [son] pays natal l’honneur de la découverte » et s’en prend explicitement à Niépce de Saint-Victor et à une publication étrangère »26. Même si Lacan ne le relève pas, il ne peut s’agir que de La Lumière ; et l’on voit ici un effet de retour très clair de la chronique française sur le débat américain, voire sur le comportement même de Hill, très remonté depuis quelque temps déjà contre la France et les partisans de Niépce de Saint-Victor27. Dans tout cela, et dans l’annonce que fait Hill d’un nouvel ouvrage, Lacan ne voit pourtant qu’une énième fanfaronnade le révérend Hill est devenu poète » alors que Niépce a travaillé ; il a communiqué », avec ce glorieux désintéressement » qui lui vaut d’avoir un disciple en la personne de Jason Campbell. En guise de conclusion, Lacan cite également l’article du SA du 23 octobre 1852 qui reproduisait le témoignage de Samuel Morse en faveur de Hill et de son droit de ne pas révéler ce qui n’est pas parfait, mais pour n’en retenir que le commentaire critique du magazine américain […] ce sont des faits que nous voulons. » Cette maxime est pourtant contredite par l’inflation rhétorique et romanesque qui caractérise et caractérisera jusqu’en 1855 le feuilleton Hill dans La Lumière28. Hill, un Daguerre manqué ? 12Ni les pitreries d’Ernest Lacan ni même l’amertume de Hill contre les savants français » n’épuisent l’intérêt de cette séquence. Prisonnier d’un schéma d’antagonisme entre Hill et Niépce qui renvoie à un point de vue chauvin, Lacan se montre incapable d’interpréter correctement les hommages américains à Niépce de Saint-Victor et plus généralement aux normes européennes de la communication scientifique ; préoccupé de glorifier » Niépce, il reste imperméable à la signification scientifique et politique de cette évocation chez les auteurs américains, lesquels envient plus à la France l’efficacité de son organisation institutionnelle – sa puissance – que telle ou telle invention. Dans l’affaire Hill, le point de vue français n’est pas seulement celui que représente Lacan ; c’est aussi celui qui, aux États-Unis, cherche à concevoir le schéma idéal de la publication de l’invention selon un modèle français. De fait, la satire – américaine aussi bien que française – du charlatanisme cupide masque ce problème inextricable qu’est au xixe siècle la reconnaissance et la rémunération des inventions. Ce problème de la propriété et de la rente des inventions est très bien connu en France, au moins depuis 1839 et la loi sur le daguerréotype. Et il est à cet égard frappant, quoique pas très surprenant, que Lacan et ses collègues amateurs de puffs n’aient jamais songé, en ces années 1851-1853 où La Lumière rendait les honneurs à Daguerre et au daguerréotype, que les mésaventures de l’inventeur américain rappelaient celles de son prédécesseur français. Histoire d’un procédé élaboré mais non divulgué, dont la concrétisation complète eût bel et bien révolutionné la photographie, l’affaire Hill présente pourtant une ressemblance, et sans doute une filiation généalogique, avec l’histoire de Daguerre et du daguerréotype. Je me bornerai ici à esquisser des pistes, sous réserve d’une réouverture plus complète du dossier Hill. Fig. 8. L. Hill, quatre espèces d’oiseaux d’après peinture ou estampe, hillotype, 21,5 x 16,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855. 29 Cf. F. Brunet, La Naissance de l’idée de photographie, Paris, Puf, 2000, p. 47-52, et Paul-Louis Ro ... 30 À commencer par les Humphrey et les Snelling, qui cherchaient à organiser la corporation daguerrien ... 13Le mot de hillotype, forgé par Humphrey pour le compte de Hill, dit déjà une ressemblance au moins imaginaire du procédé américain avec le daguerréotype comme son modèle français, ce mot visait à faire époque, et les commentaires contemporains aussi bien que postérieurs sur la révolution hillotypique décrivent celle-ci comme une seconde naissance de la photographie, revendiquée aux États-Unis comme égale à la première. De même, le mélange de propagande et de mutisme qui caractérise le comportement de Hill peut rappeler les paradoxes de Daguerre, qui, lui aussi, avait longuement hésité avant de publier, et multiplié fuites et projets de souscription alors qu’il perfectionnait encore son procédé, avant de lancer le “coup” Arago29. Dans une certaine vulgate postérieure à 1839, d’ailleurs, Daguerre sera dépeint lui aussi comme un charlatan, un proto-Hill ayant volé son secret et sa gloire à un proto-Niépce, l’oncle de Saint-Victor. Cependant, la ressemblance entre Hill et Daguerre est surtout négative Hill échoue là où Daguerre a réussi, c’est-à-dire échoue à mettre en branle un processus commercial ou institutionnel de validation et de rémunération pour son invention. À cet égard, Hill est l’anti-Daguerre. Son échec a peut-être moins à voir avec l’inachèvement de son procédé qu’avec la faiblesse institutionnelle des États-Unis en 1850, faiblesse compensée, mais aussi accusée, par la presse, et dont sont très conscients les témoins américains de l’époque30. Fig. 9. L. Hill, homme et femme à cheval d’après peinture ou estampe, hillotype, 21,5 x 16,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855. 31 Un bon exemple de cette référence est l’espoir exprimé dans un article du PAJ de 1851, que cite La ... 32 Émanant du comité sur les brevets, qui avait auditionné Hill, ce rapport était inhabituel dans sa d ... 14Or ce rapprochement n’est pas seulement valable a posteriori, et il semble bien y avoir une filiation entre les deux affaires la longue séquence de non-publication du hillotype en 1851-1856 peut apparaître comme un remake manqué, mais conscient chez certains acteurs de la séquence de divulgation du daguerréotype en 1835-1839. Il y a des raisons de supposer qu’au début des années 1850, et singulièrement en 1851-1852 – année de la mort de Daguerre, et année où La Lumière ouvre une souscription pour un monument aux inventeurs de la photographie, démarche imitée à New York –, Hill ou certains de ses parrains cherchent à rejouer le succès du daguerréotype en 1839. Quatre indices soutiennent ce qui, je le souligne, n’est qu’une hypothèse. D’abord, plusieurs textes, français et américains, montrent que la procédure de 1839 servit de référence pour le hillotype31, même si elle n’avait guère de chance d’être reproduite aux États-Unis. Un second indice suggérant au moins a contrario le poids de l’exemple français est l’attitude de Samuel Morse, parrain du hillotype puis défenseur farouche du droit naturel » de Hill à ne pas publier ni breveter. “Passeur” transatlantique expérimenté, Morse connaît par cœur la fonction et l’éventuelle inanité des parrainages prestigieux ; en 1851-1853, tandis qu’il joue les Arago pour Hill, il est embarqué dans une procédure judiciaire homérique sur le télégraphe, et c’est le désir de soustraire son protégé à la rapacité des plaideurs qui le pousse à persuader Hill de renoncer à toute publication. Il y a en outre et surtout la démarche de Hill – convaincu semble-t-il, comme Daguerre, qu’un brevet était inapplicable à son procédé chimique – auprès du Sénat américain, qui aboutit à ce rapport surréaliste de mars 1853 où le comité, après avoir donné son aval au procédé, conclut que la presse du moment » ne lui laisse d’autre recours, en guise de mesure pratique, que de placer son rapport dans les archives du Sénat »32. Enfin, et sur tout un autre plan, on est frappé de constater que plusieurs des estampes reproduites par Hill sur ses plaques exhibent des motifs français, voire une origine française, trahissant à tout le moins un intérêt marqué pour la culture française, voire – pourquoi pas ? – l’éventuelle intention de montrer ses résultats en France. 15Ces éléments de réflexion ne peuvent à eux seuls valoir réexamen du dossier Hill, l’un des plus épineux des débuts de la photographie. Ils devraient permettre néanmoins de dépasser l’alternative traditionnellement proposée entre découverte géniale et arnaque de camelot. Quand on accorde à l’individu Hill le bénéfice d’une découverte pour lui reprocher du même élan une cupidité barnumesque, on ne fait pas avancer l’histoire de cette première invention de la photographie en couleurs – invention certes incomplète, mais incontestablement avancée. On ne comprendra cette histoire, comme l’histoire des sciences et des techniques en général, qu’en prenant toute la mesure des facteurs institutionnels, sociaux et politiques. Top of page Notes 1 Je remercie chaleureusement le National Museum of American History, Smithsonian Institution, Washington NMAH, et surtout Shannon Perich, conservatrice, pour son assistance généreuse dans la consultation et la reproduction de ces précieux documents. Les plaques sont, à quelques exceptions près, des reproductions d’estampes en couleurs, pour la plupart en mauvais état voir la description, accompagnée d’un récit succinct de l’affaire, par Peter Liebhold, “Hillotypes a sad tale of invention”, History of Photography, vol. 24, n°1 2000, p. 52 ; les mieux conservées donnent l’impression d’une reproduction authentique, quoique fruste, des couleurs. Pour l’examen microscopique, l’analyse et des éléments de certification a posteriori de ces plaques, voir les études de Rinhart, Boudreau et Jacob citées aux notes 14, 15 et 16, qui sont par ailleurs les seules, à ma connaissance, à inclure des reproductions. Dans cet article, je suis seul responsable des traductions, à l’exception de celles que j’emprunte aux auteurs français du xixe siècle. 2 Levi Hill, The Magic Buff and Other Improvements, Lexington, Holmes & Grey, 1850 brochure publiée en 4e partie de la réédition d’un ouvrage du même auteur paru en 1849 et intitulé A Treatise on Daguerreotype. 3 Daguerreian Journal, vol. 2 1851, p. 17, cit. in Beaumont Newhall, The History of Photography, 5e éd., New York, MoMA, 1982, p. 269. Ce commentaire, où Humphrey invente le mot “hillotype”, conforme l’annonce du procédé au modèle de l’invention révolutionnaire cf. infra. Pour d’autres exemples de ces premières réactions, voir Robert Taft, Photography and the American Scene A Social History, 1839-1889, New York 1938, Dover, 1964, p. 87-90 ; Merry A. Foresta et John Wood, Secrets of the Dark Chamber, The Art of the Daguerreotype, National Museum of American Art, Washington, Smithsonian Institution Press, 1995 voir 4 Après lui avoir conseillé au contraire de publier cf. P. Liebhold, art. cit., et Kenneth Silverman, Lightning Man The Accursed Life of Samuel Morse, New York, Knopf, 2003, p. 306 ; sur Morse et le daguerréotype, François Brunet, “Samuel Morse, père de la photographie américaine’”, Études photographiques, n°15, p. 4-30. 5 Ce traité aujourd’hui très rare a été réédité par Carnation Press, 1992 ; extraits dans Foresta et Wood, op. cit., p. 259-260. 6 Marcus Root, The Camera and the Pencil Philadelphie, 1864, repr. Pawlet, Helios, 1971, intr. de B. Newhall, p. 316, 376. 7 Cit. in B. Newhall, op. cit., p. 272. 8 Josef-Maria Eder, History of Photography 1932, New York, Dover, 1978, p. 316. 9 Exception notable, la petite Histoire de la photographie de Jean-A. Keim Paris, Puf, “Que-sais-je ?”, 1979 concluait prudemment […] la question est encore discutée de savoir si Hill était un grand inventeur ou un imposteur » p. 119. 10 B. Newhall, op. cit., p. 272. 11 Naomi Rosenblum, Une histoire mondiale de la photographie, Paris, New York et Londres, Abbeville Press, 1992, p. 448. 12 R. Taft, op. cit., p. 91. B. Newhall poursuivit lui-même l’enquête dans The Daguerreotype in America, New York, Duell, Sloan & Pearce, 1961. 13 Don en 1933 du Dr John Garrison, gendre de Levi Hill, comprenant, outre un portrait de l’inventeur et un exemplaire du traité de 1856, 62 plaques obtenues par hilectromy », selon la lettre d’accompagnement NMAH, Levi Hill Daguerreotypes, Access File ; P. Liebhold, art. cit.. Cette collection considérable est restée longtemps ignorée pour la revue Image de Rochester, en 1952, aucun exemple [de hillotype] n’est connu » “The Misadventures of Hill”, Image, vol. 1, n°5 [mai 1952], p. 2. 14 Floyd et Marion Rinhart, The American Daguerreotype, Athens, University of Georgia Press, 1981, p. 223 ; cf. F. et M. Rinhart, American Daguerreian Art, New York, Clarkson N. Potter, 1967, p. 59-62 et 67. 15 Joseph Boudreau, “Color Daguerreotypes Hillotypes Recreated”, in Eugene Ostroff, ed., Pioneers of Photography, Their Achievements in Science and Technology, Springfield, The Society for Imaging Science and Technology, 1987, p. 189-198, avec des analyses spectrométriques et crystallographiques. 16 Michael G. Jacob, Il Dagherrotipo a colori, Technische e conservazione, Florence, Nardini, 1992, p. 71-81, english translation, p. 9. La formule, curieusement mythologique, suggère que l’invention de la photographie en couleurs se présente encore aujourd’hui comme une seconde invention de la photographie. 17 Cf. J. Boudreau, p. 198 ; F. et M. Rinhart, art. cit. Voir aussi, sur le thème des injustices de l’histoire, Herbert Keppler, “The Horrible Fate of Levi Hill Inventor of Color Photography”, Popular Photography, juillet 1994, p. 42-43, et P. Liebhold, art. cit. 18 J. Wood, “The Secret Revealed Literature of the Daguerreotype”, in M. A. Foresta et J. Wood, op. cit., p. 215. Cf. J. Wood, ed., America and the Daguerreotype, Iowa City, University of Iowa Press, 1991. 19 Louis Figuier, Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes, éd. consultée 3e éd., Paris, Masson-Langlois et Leclercq, 1854, t. 2, p. 73-84. La Lumière du 29 janvier 1853 notait dans son compte rendu de la 2e édition que Figuier rend justice aux travaux de nos compatriotes, en châtiant le charlatanisme intéressé du révérend M. Hill, de New York » vol. 3, n° 5, p. 19. Voir aussi L. Figuier, Les Merveilles de la science, Paris, Furne et Jouvet, vol. 3 [187?], p. 71 sq., et le reprint sous le titre La Photographie, Laffitte, 1983 présenté comme basé sur l’édition de 1888, p. 76-79. Dans ces deux textes, Figuier conclut son récit en expliquant que la comédie » a dû finir, et que le public s’est aperçu, comme dans la pièce de Shakespeare, que le hillotype avait causé beaucoup de bruit pour rien ». 20 Voir Ernest Lacan, Esquisses photographiques, Paris, Grassart/Gaudin, 1856, p. 52-53 ; et Gaston Tissandier, La Photographie, 3e éd., Paris, Hachette, 1882, p. 184-185, qui cite Alexandre Ken. 21 Philippe Roger, L'Ennemi américain. Généalogie de l'antiaméricanisme français, Paris, Seuil, 2002, notamment p. 61-98 sur le Second Empire. Sur le goût français de cette période pour les figures américaines du boniment humbug et de l’escroquerie hoax, voir Philippe Hamon, “Images à lire et images à voir images américaines’ et crise de l’image au xixe siècle 1850-1880”, in Stéphane Michaud et al., éd., Usages de l’image au xixe siècle, Paris, Créaphis, 1992, p. 240. Sur la fortune particulière des mots "puff" et "puffisme", voir aussi l'analyse de Joelle Menrath, "'Le pied dans le plat' les 'images américaines' dans la littérature française", in Georgy Katzarov dir., Regards sur l'antiaméricanisme. Une histoire culturelle, Paris, L'Harmattan/Musée d'Art américain de Giverny, 2004, p. 85-93. 22 Voir par exemple Lacan, op. cit., p. 147-149, et les références à la photographie en Amérique dans les sommaires de La Lumière. 23 R. Taft, op. cit., p. 84-87 ; William Welling, Photography in America The Formative Years 1839-1900, 1978, Albuquerque, University of New Mexico Press, 1987, p. 81-91 sq. ; sur la France, voir André Gunthert, “L’institution du photographique. Le roman de la Société héliographique », Études photographiques, n° 12 novembre 2002, p. 37-63. 24 Cf. La Lumière, vol. 1, n° 17 1er juin 1851, p. 67. Dès le 5 août, Lacan cite un autre article du PAJ, beaucoup plus réticent, en soulignant a posteriori des soupçons » et des doutes » antérieurs n°26, p. 101-102. Cette surenchère au doute s’alimente de la querelle qui naît alors outre-Atlantique entre les défenseurs de Hill et les partisans de Niépce de Saint-Victor, lequel vient de publier son mémoire sur l’héliochromie et se voit vanté pour son attitude d’ouverture scientifique. Le 17 août n° 28, p. 110, La Lumière traduit un article du PAJ de juillet qui, publiant le mémoire de Niépce de Saint-Victor, exprime l’espoir qu’avant peu le génie de nos artistes américains n’accomplisse ce grand desideratum », la fixation des épreuves colorées, tout en soulignant que Hill devrait en tout cas partager les honneurs de sa découverte avec son compétiteur de l’ancien monde » ; et Lacan d’ironiser sur la postérité et la place qu’elle voudra bien faire, à côté de Hill, à un M. Niépce, qui cependant n’était pas américain. » Ce parcours s’achève le 12 octobre 1851 n°36, p. 142. 25 La Lumière, 6 mars 1852 vol. 2, n°11, p. 41-42.Toujours appuyé sur des sources américaines, le texte français réécrit ces dénonciations surtout morales dans le vocabulaire mythologique du bateleur », de son puff » et de son piédestal de carton ». C’est aussi dans cet article que Lacan se livre à une computation des profits du révérend Hill une somme d’environ 200 000 F, une fortune !… », surtout par contraste avec le dénuement de Niépce, qui, lui, ne fait pas de bruit et n’annonce rien ; il travaille et il révèle. » Ce dénouement » sera suivi le 10 avril 1852 vol. 2, n° 16, p. 62 d’un épilogue » dans lequel Lacan brocarde violemment l’ infatigable philanthrope » Hill et ses œuvres de bienfaisance ». 26 “Nouvelles d’Amérique”, La Lumière, 27 novembre 1852 vol. 2, n° 49, p. 193-194. La lettre-manifeste de Hill, adressée à la confrérie daguerrienne et au public en général », avait été publiée le 26 octobre dans le New York Daily Times et reprise dans l’American Artisan du 6 novembre, source de la traduction française. Cette pétition intervenait alors que Hill avait reçu de nombreux témoignages et certificats favorables, les plus importants étant ceux de Samuel Morse, publiés dans le National Intelligencer du 8 octobre 1852 dans ce texte, repris dans le SA du 23 octobre, Morse déclarait que cette invention était aussi remarquable que la découverte originale de la photographie par Daguerre » et le New York Times du 26 octobre ; voir sur tout ceci F. et M. Rinhart, The American Daguerreotype, op. cit., p. 217-218 et K. Silverman, op. cit., p. 307. La Lumière ne fit nullement état de ces témoignages très favorables, mais seulement des nouvelles attaques du SA et du PAJ contre Hill, son goût du secret et la tonalité agressive de son manifeste. 27 En avril 1852 déjà, Hill avait fait état à Samuel Morse de sa défiance à l’égard des savants français », qu’il soupçonnait de vouloir sauter sur mon trésor, et cela dans mon pays natal » Levi Hill à Samuel Morse, 26 avril 1852, Samuel Morse Papers, Library of Congress, General Correspondence ; cf. K. Silverman, op. cit., p. 306. 28 Le feuilleton dégénéra en 1853 en controverse franco-française, entre Lacan et La Lumière d’un côté, l’abbé Moigno et le Cosmos, revue éclectique qui eut un temps l’ambition de détrôner la précédente, de l’autre – controverse qui voit notamment l’abbé Moigno, d’abord violemment hostile à Hill et aux témoignages de complaisance » de Morse Cosmos, vol. 2, p. 39-41, 5 décembre 1852, se muer en un partisan éphémère mais ardent de Hill et de Jason Campbell, et se livrer sur des colonnes entières de Cosmos à de savantes critiques philologiques des traductions du SA fournies par La Lumière ibid., p. 89-90. Lacan concluait en déclarant, d’un ton entendu, pouvoir comprendre la sympathie de M. l’abbé Moigno pour le révérend Hill » M. Hill et le Cosmos », La Lumière, 4 juin 1853, vol. 3, n° 23, p. 90. Le 17 février 1855, dans le dernier entrefilet de La Lumière sur le hillotype, Lacan ironisera sur la parution d’un nouveau livre de Hill, toujours le même et toujours nouveau » vol. 5, p. 26. Mais ce livre ne sera pas commenté, pas plus que le traité de 1856. Ultime preuve de la mode française du hillotype, la Revue photographique, apparue en décembre 1855, y consacre le 5 janvier 1856 un article subodorant une nouvelle mystification » vol. 1, n° 3, p. 34. 29 Cf. F. Brunet, La Naissance de l’idée de photographie, Paris, Puf, 2000, p. 47-52, et Paul-Louis Roubert, L’Introduction du modèle photographique dans la critique d’art en France 1839-1859, thèse de doctorat, Université de Paris I, juin 2004, p. 31-57. 30 À commencer par les Humphrey et les Snelling, qui cherchaient à organiser la corporation daguerrienne pour la guérir de sa réputation de charlatanisme cf. les textes cités par W. Welling, op. cit., p. 96, 107-109. On peut présumer que l’affaire Hill a contribué à favoriser la formation institutionnelle de la corporation. 31 Un bon exemple de cette référence est l’espoir exprimé dans un article du PAJ de 1851, que cite La Lumière dans son compte rendu du 1er juin 1851 que le gouvernement des États-Unis épargnera à M. Hill la nécessité de prendre un brevet pour protéger ses droits, en lui achetant, au profit du monde entier, sa précieuse découverte » vol. 1, p. 67. Cette piste serait à approfondir du côté américain, où l’aspiration à une divulgation démocratique » semble avoir été répandue, sinon partagée par Hill lui-même. 32 Émanant du comité sur les brevets, qui avait auditionné Hill, ce rapport était inhabituel dans sa démarche et étonnant dans ses attendus et ses conclusions cf. P. Rinhart, The American Daguerreotype, op. cit., p. 220-221 ; il mérite une analyse approfondie. Il fut critiqué par le SA du 26 mars 1853 vol. 8, p. 224.Top of page List of illustrations Caption Fig. 1. L. Hill, femme tenant un drap d’après peinture ou estampe, hillotype, 21,5 x 16,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855, Photographic History Collection, National Museum of American History, Smithsonian Institution. Nota bene le crédit de cette image, commun à toutes les illustrations de l’article, ne srea pas répété dans les légendes suivantes. URL File image/jpeg, 328k Caption Fig. 2. L. Hill, cavalier chutant de son cheval d’après peinture ou estampe, hillotype, 16,5 x 21,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855. URL File image/jpeg, 416k Caption Fig. 3. L. Hill, discussion de soldats avec un drapeau français d’après peinture ou estampe, 16,5 x 21,5 cm pleine plaque, hillotype, v. 1850-1855. URL File image/jpeg, 376k Caption Fig. 4. L. Hill, la Cène d’après une peinture ou estampe, hillotype, 16,5 x 21,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855. URL File image/jpeg, 336k Caption Fig. 5. L. Hill, portrait d’homme de style napoléonien d’après peinture ou estampe, hillotype, 21,5 x 16,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855. URL File image/jpeg, 412k Caption Fig. 6. L. Hill, nature morte d’après peinture ou estampe, hillotype, 21,5 x 16,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855. URL File image/jpeg, 448k Caption Fig. 7. L. Hill, paysage d’après nature, hillotype, 21,5 x 16,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855. URL File image/jpeg, 348k Caption Fig. 8. L. Hill, quatre espèces d’oiseaux d’après peinture ou estampe, hillotype, 21,5 x 16,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855. URL File image/jpeg, 356k Caption Fig. 9. L. Hill, homme et femme à cheval d’après peinture ou estampe, hillotype, 21,5 x 16,5 cm pleine plaque, v. 1850-1855. URL File image/jpeg, 617k Top of page References Bibliographical reference François Brunet, “Le point de vue français dans l’affaire Hill”, Études photographiques, 16 2005, 122-139. Electronic reference François Brunet, “Le point de vue français dans l’affaire Hill”, Études photographiques [Online], 16 Mai 2005, Online since 09 September 2008, connection on 17 August 2022. URL of page
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6 infos à retenir sur les réparations versées par Haïti à la FranceVoici ce que les correspondants du New York Times ont appris sur les sommes qu’Haïti a dû verser après avoir chassé les colons français lors de la première révolte d’esclaves victorieuse du monde Images Group, via Getty ImagesPublished May 20, 2022Updated May 25, 2022Un État défaillant. Un piège à aide humanitaire. Une terre maudite tant par la nature que par la nature figure parmi les pays les plus pauvres de la planète, mais la sympathie qu’attirent ses souffrances sans fin se teinte souvent de remontrances et de leçons de morale quant à la corruption et à la mauvaise gestion qui l’ sait que les Haïtiens ont chassé leurs maîtres esclavagistes français dont la brutalité était notoire, puis proclamé leur indépendance en 1804. C’est la première nation du monde moderne à être née d’une révolte d’ sait moins ce qui est advenu deux décennies plus tard. Les Français sont revenus à Haïti sur des navires de guerre pour lui délivrer un ultimatum ahurissant. Ils ont sommé le pays, qui avait déjà conquis sa liberté au prix de son sang, de lui verser une colossale somme d’argent en espèces. Sinon, ce serait la générations successives de descendants d’esclaves ont ainsi dû payer les héritiers de leurs anciens maîtres avec des fonds qui auraint mieux servi à construire des écoles, des routes, des cliniques et à faire tourner l’ question plane depuis des années à laquelle les journalistes du New York Times se sont confrontés au fil de leur enquête Et si ? Et si Haïti n’avait pas été pillé depuis sa naissance par des puissances extérieures, par des banques étrangères et par ses propres dirigeants ? De quels moyens supplémentaires le pays aurait-il disposé pour se construire ?Pour y répondre, pour quantifier le montant exact payé par les Haïtiens pour leur liberté, notre équipe de correspondants a passé 13 mois à fouiller les archives et les bibliothèques de trois continents. Voici les conclusions de leur enquête que nous publions cette Rios pour The New York TimesLe point de départ la Double DetteEn 1825, un navire de guerre français hérissé de canons surgit dans le port de la capitale haïtienne. À bord, un émissaire du roi Charles X qui vient livrer une requête ahurissante la France exige des réparations de la part du peuple qu’elle a jadis ce sont les vaincus qui paient des réparations, pas les vainqueurs. Dix ans auparavent, la France avait dû en verser à ses voisins européens suite aux défaites militaires de Napoléon — dont les forces, soit dit en passant, avaient ont aussi été vaincues par les Haïtiens. Mais Haïti est très isolé et n’a aucun véritable allié. Le pays redoute d’être de nouveau envahi et a un besoin vital de commercer avec d’autres somme exigée est de 150 millions de francs français, à verser en cinq tranches annuelles. C’est bien au-dessus des moyens du France ajoute alors une condition pour régler ses paiements le pays devra emprunter uniquement auprès de banques françaises. Ce rocher de Sisyphe est ce qu’on appelle la Double coût véritable pour Haïti, hier et encore aujourd’huiThe New York Times a traqué chaque paiement effectué par Haïti sur une période de 64 ans. Leur total se monte à 560 millions de dollars en valeur le déficit pour le pays ne se mesure pas simplement par l’addition des sommes réglées au fil des ans à la France et à d’autres franc expédié vers des coffres-forts banaires de l’autre côté de l’Atlantique est un franc qui ne circule pas parmi les paysans, les ouvriers et les commerçants haïtiens, un franc qui n’est pas investi pour construire des ponts, des écoles ou des usines. Un franc, donc, qui ne peut pas contribuer à la construction et la prospérité de la correspondants ont parcouru des milliers d’archives financières et ont consulté 15 économistes internationalement reconnus. Ils sont arrivés à la conclusion que les paiements à la France ont coûté à Haïti entre 21 et 115 milliards de dollars en perte de croissance économique sur la longue durée. Cela représente jusqu’à huit fois la taille de l’économie entière d’Haïti en “le néocolonialisme par la dette”, dit Thomas Piketty, l’un des économistes que nous avons rencontrés. “Cette fuite a totalement perturbé le processus de construction de l’État”Et ce n'était que le début. La double dette a contribué à précipiter Haïti dans une spirale d’endettement qui l’a paralysé pendant plus d’un Lima pour The New York TimesPour une banque française, c’est la poule aux oeufs d’orAprès avoir saigné Haïti avec sa demande de réparation, la France change de tactique. Ce sera la main tendue d’un partenaire en 1880, Haïti fête la création de sa première banque nationale après un demi-siècle de paiements écrasants liés à la double dette. C’est ce type d’institution qui en Europe sert à financer la construction de chemins de fers et d’ la Banque Nationale d’Haïti n’a d’haïtien que son nom. Elle est en réalité une émanation de la banque française Crédit Industriel et Commercial, ou CIC. Elle contrôlera la banque nationale d’Haïti depuis Paris et prélèvera des commissions sur chaque transaction effectuée. Les archives retrouvées par The New York Times montrent de façon claire que le CIC a siphonné des dizaines de millions de dollars à Haïti au bénéfice d’investisseurs français et accablé ses gouvernement de prêts Haïtiens déchantent vite quand ils réalisent que quelque chose ne tourne pas rond.“N’est-ce pas drôle”, fait remarquer un économiste haïtien, “qu’une banque qui prétend venir au secours d’un trésor public obéré commence, au lieu d’y mettre de l’argent, par emporter tout ce qu’il y avait de valeur ?”ImageCredit...Getty ImagesPour les États-Unis, Haïti est une caisse enregistreuseQuand les militaires américains envahissent Haïti à l’été 1915, leur prétexte officiel est que le pays est trop pauvre et trop instable pour être laissé à lui-même. Le secrétaire d’État des Etats-Unis Robert Lansing ne cache pas son mépris de la “race africaine” et présente l’occupation comme une mission civilisatrice destinée à mettre fin à “l’anarchie, la sauvagerie et l’oppression”.Mais d’autres motivations perçaient depuis l’hiver précédent. En décembre 1914, un petit nombre de Marines avaient franchi le seuil de la banque nationale d’Haïti pour en ressortir avec 500 000 dollars en or. Quelques jours plus tard, l’or reposait dans le coffre d’une banque à Wall Street.“J’ai contribué à faire d’Haïti et de Cuba des coins où les gars de la National City Bank pouvaient se faire de jolis revenus”, avouera quelques années plus tard le général qui avait commandé les forces américaines en Haïti et qui reconnaîtra avoir été un “racketteur au service du capitalisme”.C’est sous pression de la National City Bank, l’ancêtre du géant bancaire Citigroup, et d’autres acteurs importants de Wall Street que Washington prend le contrôle d’Haïti et de ses finances, comme le révèlent les décennies d’archives, de rapports financiers et de correspondances diplomatiques que The New York Times a États-Unis sont la puissance dominatrice en Haïti au cours des décennies suivantes ils dissolvent son parlement manu militari, exécutent des milliers de citoyens et expédient une grande partie des revenus du pays à des banquiers à New York. Pendant ce temps, les paysans qui travaillent à les enrichir vivent au seuil de la retire tout de même quelques bénefices tangibles de l’occupation américaine, estiment les historiens construction d’hôpitaux, 1 200 km de routes et une fonction publique plus efficace. Mais à quel prix les Américains établissent le travail forcé pour la construction des routes. Les soldats américains, non contents d’attacher les Haïtiens avec des cordes et de les faire travailler sans rémunération, tirent sur ceux qui tentent de une période de dix ans, un quart du revenu total d’Haïti sert à rembourser des dettes contrôlées par la National City Bank et sa filiale, d’après les informations contenues dans les 20 rapports annuels de fonctionnaires américains que le Times a années, les Américains aux commandes des finances d’Haïti consacrent une plus grande part à leur rémunération et au règlement de leurs frais qu’au budget de santé du pays, qui compte deux milions d’ ImagesUn fléau intérieur la corruption“Ils ont été trahis par leurs propres frères, et ensuite par les puissances étrangères.”Ce sont les mots de Georges Michel, un historien haïtien qui, comme nombre d’experts d’Haïti, assure que l’infortune du pays ne peut s’expliquer sans reconnaître le profond ancrage de sa culture de la fonctionnaire haïtien au 19ème siècle conclut un accord avantageux pour une banque en France — pour ensuite y prend sa retraite ?“Ce n’est pas le premier exemple d’un fonctionnaire haïtien qui brade les intérêts de son pays pour son profit personnel”, déplore M. Michel. “Je dirais que c’est presque une règle”.Les dirigeants haïtiens ont toujours fait main basse sur les richesses du pays. Il arrive même qu’on entende à la radio des élus parlementaires discuter ouvertement des pots-de-vin qu’ils touchent. Nombre d’oligarques s’enrichissent à la tête de monopoles lucratifs et ne paient qu’un minimum d’impôts. Transparency International classe le pays parmi les plus corrompus du un problème qui remonte accordant le prêt de 1875, les banquiers français ont d’emblée prélevé 40 % de son montant total. Le reliquat a essentiellement servi à rembourser d’autres dettes, et une petite part a disparu dans les poches de fonctionnaires haïtiens véreux qui, pointent les historiens, s’enrichissaient aux dépens du sort de leur siècle plus tard, quand les Haïtiens élisent à la présidence un médecin érudit et d’âge mûr appelé François Duvalier, les perspectives du pays sont au vert. Pour la première fois depuis plus de 130 ans, Haïti n’a plus à porter le fardeau d’une dette internationale est en 28 années suivantes verront Duvalier et son fils imposer une dictature notoirement corrompue et brutale. Les professionnels haïtiens prennent la fuite. Un pays déjà dans la misère s’enfonce encore davantage, tandis que les Duvalier détournent à leur profit des millions de n’a peut-être jamais été aussi Rios pour The New York TimesL’histoire qu’on n’enseigne pas en FranceLa double dette a largement disparu des mémoires. Des générations de Français ont copieusement profité des exploits financiers de leurs ancêtres mais rien de cela n’est enseigné dans les salles de classe. The New York Times Times s’est entretenu avec une trentaine de descendants de familles ayant reçu, jadis, des paiements au titre de la double dette d’Haïti. Pour la plupart, ils tombent des nues. “C’est une partie de l’histoire de ma famille que je ne connaissais pas”, s’étonne un descendant de sixième génération de la première femme de n’est pas un hasard. La France a tout fait pour gommer ce chapitre de son histoire, ou du moins le Haïti même, il était mal connu jusqu’à ce qu’en 2003, le président Jean-Bertrand Aristide électrise les foules en dénonçant la dette imposée par la France et en exigeant des France a vite fait de le discréditer. Laisser parler de réparations est hautement risqué pour une nation dont d’autres anciennes colonies souffrent encore de séquelles de leur exploitation. De l’aveu même de l’ambassadeur de Français en Haïti à l’époque, la demande est de l’“explosif”.“Il fallait essayer de la désamorcer”, Aristide a même avancé un chiffre précis de ce que la France doit à Haïti, s’attirant d’ailleurs des railleries. Mais le calcul par The New York Times des pertes subies par Haïti s’avère étonemment proche de l’estimation . Il se peut même qu’il ait été trop 2004, M. Aristide s’est retrouvé dans un avion, évincé au moyen d’une opération orchestrée conjointement par les États-Unis et la France. Américains et Français justifient encore l’éviction au titre de la nécessité de stabiliser Haïti, alors en proie à des troubles. Mais avec le recul, un autre ancien ambassadeur concède qu’il y avait sans doute d’autres destitution du président haïtien, a-t-il dit au New York Times, était “probablement un peu liée” aussi à sa demande de réparations.
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Krokodyle dundee ...Mecreants deserteurs d'ISSAH !Jonathan Peltier Dreyfus LhoistD+VI+L+L = 606 ? NON! 594ou 494 !oecumenisme ,tu pardonneras 7 fois 77 fois ces fois ....*cette foisJonathan Villaris Devillersle soleil a l'EST ; le fils a la verge de fer ..."les rois de la terre sont si peu ....;1 pere et une mere +3 freres + 1 soeur +[1 tante +1 aieul et leurs apparentés]Après la promesse divine il s’écoula une année entière. Puis le jour vint où Abraham et Sara eurent un fils, Isaac, alors qu’ils avaient, lui, 100 ans et, elle, 90 Villaris Devillers37 min "jean denis est un mickael Jackson qui se prends pour un africain ...Jonathan Peltier Dreyfus LhoistD+VI+L+L = 606 ? NON! 594ou 494 !oecumenisme ,tu pardonneras 7 fois 77 fois ces fois ....*cette foisJonathan Villaris Devillersle soleil a l'EST ; le fils a la verge de fer ..."les rois de la terre sont si peu ....;1 pere et une mere +3 freres + 1 soeur +[1 tante +1 aieul et leurs apparentés]Après la promesse divine il s’écoula une année entière. Puis le jour vint où Abraham et Sara eurent un fils, Isaac, alors qu’ils avaient, lui, 100 ans et, elle, 90 que tous ceux qui aiment ton salutredisent constamment Que l’Eternel est grand!»18 Moi, je suis pauvre et malheureux,mais le Seigneur prend soin de qui es mon secours et mon libérateur,mon Dieu, ne tarde pas!

Unchant de Noël, également publié en français sous les titres Cantique de Noël, Chanson de Noël ou Conte de Noël, est le premier et le plus célèbre des contes écrits par Charles Dickens. Une vie demente. 27/04/2022. Alex et Noémie aimeraient concevoir un enfant, mais leur plan commence à changer lorsque Suzanne, l'élégante et charismatique mère d'Alex, Accueil > Annales bac S > Anglais LV1 Cette rubrique est dédiée aux révisions en ligne pour l'épreuve d'Anglais LV1 de l'ancien bac S. Cette filière n'existe plus et a été remplacée par les épreuves du bac général à partir de la session 2021. Les nouvelles rubriques dédiées sont disponibles - Sujets E3C de LVA/LVB Anglais - Annales de spé LLCER Anglais en terminale - Annales de spé LLCER Anglais AMC en terminale Retrouvez cependant ici les archives des sujets donnés aux élèves jusqu'à la dernière année plus de 129 annales et 79 corrigés. L'épreuve de l'ancien bac S étant en partie similaire à celle du nouveau baccalauréat, ces documents sont très utiles pour préparer la spé LLCER Anglais au bac général, comme si vous suiviez du soutien scolaire. Session 20201 sujet Session 20199 sujets, 9 corrections Session 20189 sujets, 9 corrections Session 201710 sujets, 8 corrections Session 20168 sujets, 8 corrections Session 201510 sujets, 10 corrections Session 20149 sujets, 5 corrections Session 20139 sujets, 3 corrections Session 20128 sujets, 2 corrections Session 20119 sujets, 3 corrections Session 20108 sujets, 4 corrections Session 200910 sujets, 4 corrections Session 20089 sujets, 3 corrections Session 20077 sujets, 3 corrections Session 20067 sujets, 2 corrections Session 20052 sujets, 2 corrections Session 20042 sujets, 2 corrections Session 20032 sujets, 2 corrections Leurréalisation coïncide en général avec les campagnes de propagande antiraciste menées à l'échelle mondiale, dans le but de développer les complexes et les sentiments ethnomasochistes chez les peuples européens ou occidentaux.. Films anglo-saxons. Romper Stomper (AUS, 1992) American History X (USA, 1998) Danny Balint (USA, 2001) Depuis le dimanche 24 janvier 2016, la Fox diffuse une mini-série dont le titre vous est sans doute familier The X-Files, Aux Frontières du Réel… Six nouveaux épisodes a priori diffusés dans le désordre qui constituent la suite de l’événement phénomène des années 90. Verrouillez votre porte à double tour, éteignez vos portables, baissez vos rideaux, ne mangez que des conserves que vous avez vous-même ouvertes et dites-vous bien qu’ils vous écoutent. Qui ça, ils ? Ben, eux ! Retour sur la série télévisée des dossiers classés X ». Non, posez cette boîte de Kleenex ! Ce n’est pas ce genre de X » là… Le dimanche 12 juin 1994 sur M6, les téléspectateurs français plongeaient pour la toute première fois dans l’univers complotiste des X-Files Aux Frontières du Réel » chez nous, un ovni télévisuel qui proposait du jamais-vu l’image, la réalisation, le ton… Tout relevait d’une qualité cinématographique jamais atteinte jusqu’alors. Sans parler des scénarios. Certes, plusieurs épisodes suivaient la formule classique des shows du petit écran en se conformant à la formule un épisode = une histoire », mais il y avait néanmoins un fil conducteur à travers les neufs saisons, et parfois même des épisodes qui étaient incompréhensibles sans avoir vu les précédents. Une chose rare pour l’époque. Oh, et une bonne VF. Encore plus rare. Cette série américaine et non pas américano-canadienne, contrairement à ce qu’annonce la page française de Wikipedia, relatant les aventures de deux agents du FBI confrontés à l’inconnu, allait changer à nombreuses reprises de jour de diffusion dans notre beau pays. Mais surtout cette déferlante de la pop culture allait s’abattre sur la France et le monde en laissant bien plus qu’un souvenir anecdotique. Zeu trouffe ize aoutte zère Ancien journaliste spécialisé dans le surf le vrai, avec des planches et scénariste chez Disney, le créateur de la série Chris Carter s’est inspiré des séries cultes de sa jeunesse Kolchak The Night Stalker, Dossiers Brûlants en VF, et The Twilight Zone, La Quatrième Dimension en VF pour créer ce qui deviendra l’œuvre de sa vie. Le pitch deux agents du FBI enquêtent sur des phénomènes inexpliqués, allant des fantômes aux vampires, en passant par les extra-terrestres. L’un arbore une personnalité obsessionnelle, en croisade au nom de la vérité; l’autre est une sceptique acerbe placée dans ce service pour le démystifier. Une stratégie qui, comme l’espèrent certains, mènera enfin à sa fermeture définitive. Manque de bol, bien qu’elle ne croie pas à toutes ces sornettes, elle finira par défendre la validité des enquêtes et l’importance du bureau des affaires non classées ». Carter imagine les deux personnages comme la personnification de sa foi et de son scepticisme. Mais par un tour de passe-passe, le surfeur/scénariste inverse intelligemment les stéréotypes de genre. Et voilà que la foi prend forme masculine, tandis que le scepticisme devient féminin. David Duchovny, surtout connu jusqu’alors pour son rôle d’agent du FBI travesti dans Twin Peaks, reprend du service de manière fictive mais en laissant son tailleur jupe de côté. Dans X-Files, Duchovny incarne Fox Mulder, un profiler exceptionnel qui, de son propre chef, se concentre sur les dossiers abandonnés et les cas inexpliqués. Quand il était enfant, sa sœur a disparu et il est persuadé qu’elle a été enlevée par des extra-terrestres. Gillian Anderson hérite quant à elle du rôle de la très terre-à-terre Dana Scully, personnage plus que fortement inspiré par celui de Clarice Starling dans le Silence des Agneaux, fascination morbide avec les tueurs en série oblige. Jeune agent du FBI à peine sortie de l’académie, méthodique, allant jusqu’à avoir la même coupe de cheveux du personnage interprété par Jodie Foster et qui a valu un oscar de Meilleure Actrice à cette dernière en 1992. L’année où Chris Carter a écrit le pilote de X-Files… Gillan Anderson avouera d’ailleurs plus tard dans des interviews qu’elle a basé son approche du personnage de Scully sur celui de Jodie Foster dans le film préalablement cité. La blague est que plusieurs années après X-Files, on lui proposera de reprendre le rôle de Starling pour Hannibal, proposition qu’elle devra décliner en raison d’une clause de son contrat stipulant qu’elle ne peut pas jouer un agent du FBI en dehors de la série de Carter. Le pilote diffusé le 10 septembre aux USA est un succès immédiat qui attire douze millions de téléspectateurs dans le pays et le dernier épisode de la saison en ramène quatorze millions. Ce n’est qu’un début car la série atteindra quasiment les trente millions dans sa troisième saison. Toutes les légendes urbaines y sont exploitées, tous les mythes y sont abordés, tout élément fantastique trouve sa place à un moment ou à un autre dans la série. C’est d’ailleurs le seul gros reproche qu’on peut lui faire tout existe, les vampires, les loups-garous, les spectres, les yétis, les robots, les sorcières, les lutins, les pouvoirs psychiques et les transports en commun qui ne font pas grève. TOUT. C’est à croire que la Terre entière est aveugle et que seul Mulder connaît la vérité. Comme si pendant neuf ans, il avait été le seul à s’y intéresser, aidé de ses trois potes paranoïaques, les Lone Gunmen très mal traduit en VF par les Bandits Solitaires », passant ainsi à côté de la référence à la théorie du complot entourant le meurtre de JFK. Trad exacte les Tireurs Isolés. Mais admettons… Trust personne Mélangeant les slogans I want to believe » je veux croire », Trust no one » ne faites confiance à personne » et The truth is out there » la vérité est ailleurs », la série se transforme en phénomène pop-culture qui s’abat sur le monde entier, y compris au Japon où la série atteint la première place à l’audimat, chose inédite pour une série américaine à l’époque. La France tombe aussi sous le charme et, dans certaines enseignes commençant par A » et terminant par lbum », les cartes à collectionner se vendent par palettes entières. Comme les bandes dessinées, les mangas, les posters I want to believe », les faux badges du FBI ou même les faux spécimens de fœtus extraterrestres. Tout y passe. La série suit deux formules Monster of the Week ou MotW le monstre de la semaine » qui sont des épisodes stand alone », format classique, anecdotique et utilisé par de nombreuses autres séries avant et après les X-Files. le Mytharc l’arc de la mythologie », qui se concentre sur la conspiration politico-extra-terrestre que Mulder veut faire éclater au grand jour. Et c’est surtout ce Mytharc qui suscite le plus grand intérêt, les complotistes y trouvant largement de quoi alimenter leurs fantasmes les plus fous. Appelée successivement Consortium » puis Syndicat », l’organisation au centre de cette conspiration n’est ni plus ni moins qu’une variante des Illuminati qui auraient pactisé avec des visiteurs d’un autre monde. Le crash de Roswell en 1947, la Zone 51 et toute la paranoïa véhiculée par Jacques Pradel et sa cassette vidéo toute pougnave se rajoutent à l’engouement. Les Envahisseurs… Fox Mulder les a vus ! » Mon rédac’ chef vénéré mettrait un contrat sur ma tête si j’énumérais toutes les références qui parsèment la série. Mais s’il n’y en avait qu’une à citer, ce serait sans conteste l’apparition de Roy Thinnes, acteur qui incarnait David Vincent dans la série des années soixante Les Envahisseurs ». Une histoire paranoïaque ayant pour sujet un homme tentant de tirer la sonnette d’alarme à propos d’une cinquième colonne extra-terrestre vivant parmi nous, attendant patiemment le moment pour frapper et envahir notre belle planète… Ça vous rappelle quelque chose ? Même si on pourrait penser que la série se résume à la Zone 51 n’existe pas et si vous êtes intelligent, vous arrêterez de poser des questions », il n’en n’est rien. Si ça commence par ce qui semble être un cliché, le Mytharc devient de plus en riche en personnages qui se rajoutent comme de multiples pierres à l’édifice passionnant de Chris Carter. Il y a une version russe du Syndicat qui opère aussi dans l’ombre, l’agent double ou triple ou indépendant qu’est Alex Krycek et qui devient partenaire de Mulder, un indic » nommée Gorge Profonde en hommage au scandale du Watergate, Mr. X une autre référence au Watergate et même une huile noire qui contamine et plie les gens à sa volonté avec pour projet d’être distribuée via du maïs transgénique. Les deux dernières saisons verront l’apparition de deux autres agents Monica Reyes et John Doggett, joué par Robert Patrick inoubliable en T1000 dans Terminator 2, qui aideront Scully alors que Mulder est mystérieusement manquant et n’apparait que de manière sporadique. Ceci étant expliqué par le fait que le contrat des deux stars d’origine prenant fin, Duchovny en profita pour se mettre à mi-temps. Et la reconnaissance n’est pas que dans les yeux des fans car l’industrie félicite amplement la série en lui donnant soixante-cinq récompenses dont Meilleure Série aux Golden Globes en 1994, 1996 et 1997. Aie ouante tou bilive Et puisqu’on parle de 1997, c’est durant cette année qu’un événement étrange fit beaucoup de bruit par chez nous, événement qu’on ne put bien entendu pas s’empêcher de relier à la série. L’histoire se passe dans le département du Nord, au lycée-collège Eugène-Thomas de Quesnoy. De nombreux élèves présentent soudainement des rougeurs et démangeaisons au niveau du visage et des mains. Les adultes ne sont quant à eux pas touchés et, fait encore plus troublant, les cas apparaissent spécifiquement durant certaines périodes de la semaine. Plusieurs personnes font immédiatement le lien avec l’épisode d’X-Files la Guerre des coprophages », rediffusé quelques jours auparavant. Panique. Fermeture de l’établissement. L’hypothèse de toxi-infection alimentaire collective est d’emblée écartée. Les médias s’emparent de l’affaire et baptisent l’incident le X-Files Syndrome ». Quelques cas seront déterminés comme auto-infligés suite à des frottements avec de la laine, du cuir ou de la soie. Mais le reste des patients seront bel et bien diagnostiqué comme victimes d’un phénomène psychogénique de masse provoqué par le stress de la distribution des bulletins scolaires, la suggestion de l’épisode et la mauvaise blague de leurs camarades. Mais revenons au monde de la télé… Forte de son succès, la série X-Files va engendrer plusieurs spin-offs. Tout d’abord, citons le cas des Bandits Solitaires qui auront leur propre série du même nom, série qui ne durera malheureusement qu’une saison. Le monde n’était sans doute pas prêt pour une série télé avec trois geeks pas sexy. Mentionnons également Millenium, qui témoigne encore une fois de la passion indéfectible de Chris Carter pour Thomas Harris l’auteur de la saga autour d’Hannibal Lecter. Si Dana Scully est inspirée par la recrue Clarice Starling, Frank Black est ouvertement un clone de Will Graham, mais poussé à l’extrême. Son don » pour se mettre à la place de tueurs en série lui a valu trop de sacrifices et l’a forcé à quitter le FBI. Fatigué, usé même, il découvre l’existence d’une organisation baptisée Millenium et qui pourrait à nouveau le rendre utile. Changeant de ton à chaque saison, la série n’existera que pendant trois ans. Notons que ces deux titres verront leurs histoires prendre fin au sein de X-Files Aux Frontières du Réel. X-Files – Fight the Future A la base, Chris Carter voulait clôturer son œuvre à l’issue de la cinquième saison et terminer la saga par une suite de films. Eh bien non ! 20th Century Fox a vu cela d’un tout autre œil. Pour la chaîne, pas question de lâcher leur poule aux œufs d’or. Elle donne néanmoins son feu vert pour une sortie en salles, mais les lois de l’audimat imposent de continuer aussi sur les ondes hertziennes. L’ami Carter se voit alors dans l’obligation de concocter un scénario s’intercalant entre la saison cinq et six, pouvant être vu et compris par des gens n’ayant jamais visionné la série. Qui plus est, il faut caser le tournage durant la pause entre la saison quatre et cinq, soit un an à l’avance, avec la difficulté supplémentaire de respecter la continuité de la série, puisque le film s’intègre dans le fameux Mytharc. La régression schizophrénique ayant été évitée, Chris Carter réussit son pari et le film X-Files Fight the Future intelligemment traduit en X-Files, le film » en VF sortira en salle en 1998, et rencontrera un succès international. Carter en profitera pour arrêter de tourner à Vancouver Canada et rapatrier la production à Los Angeles. Trois ans plus tard, la tragédie frappe les deux tours du World Trade Center. Et ses conséquences sont politiques, sociales, financières, médiatiques et culturelles. La fin de X-Files a eu lieu pendant l’administration Bush et après les événements du 11 septembre 2001, nous avons très rapidement compris que les gens ne pouvaient pas simplement s’exprimer ouvertement et publiquement sur ce qu’ils pensaient que nous devrions faire ou pas, suite à ce qu’il s’était passé. Jusque-là, la série avait — et a toujours — principalement pour sujet les complots gouvernementaux. Il y en a à l’heure actuelle qui affirment que le gouvernement a eu connaissance ou a provoqué ces événements, ou encore que ça a été une ruse et une excuse pour aller en Irak… Mais ce n’était plus acceptable que des gens puissent accuser le gouvernement de mentir ou de n’être pas digne de confiance. Et c’était la base de notre série. Gillian Anderson. Le show prend fin le 19 mai 2002 aux États-Unis. En France, ce sera en le 22 janvier 2003. Le service des affaires non classées a officiellement fermé ses portes. Laissant une marque indélébile sur la télévision, et de façon plus générale dans la pop-culture, il inspirera plus d’une série Supernatural, les trois premières saisons de Smallville toutes les deux tournées au Canada mais aussi Torchwood, le créateur gallois Russel T. Davies citant X-Files comme source d’inspiration majeure. X-Files I Want to Believe Cinq ans après la fin de la série, un deuxième film sort dans les salles sous le titre I Want To Believe X-Files Régénération en VF. Si le premier long métrage se concentrait à mort sur le Mytharc, ce second volet est une caricature d’épisode de monstre de la semaine ». Et pas un des meilleurs. Les personnages y sont plan-plan, on y apprend que Mulder se cachait mais pas vraiment, qu’il est avec Scully mais pas vraiment, qu’il y a un scénario mais pas vraiment. Bref, on s’en fout. Et nous n’étions a priori pas les seuls, puisque le film sera un échec cuisant. Certains rejetteront la faute sur la sortie de The Dark Knight une semaine auparavant, mais ne nous voilons pas la face le 2ème long métrage estampillé X-Files était tout sauf mémorable. Ce qui n’empêchera pas de nombreux fans de continuer à s’emballer pour l’univers, comme le démontre la sortie de nombreux comic books poursuivant l’histoire jusqu’aux saisons dix et onze. La verite est ailleurs… et surtout de retour sur la FOX Après l’échec cuisant de son pilote The After pour Amazon passé sous le radar de pratiquement tout le monde, Chris Carter voulait relancer la machine X-Files avec un troisième film, mais dû finalement abandonner l’idée après trois tentatives infructueuses de monter le projet. C’est finalement en télé que la série renaîtra de ses cendres, projet initié en janvier 2015 sous l’impulsion du PDG du Fox Television Group, Gary Newman. Carter accepte d’emblée. Duchovny se remettait de plusieurs années sur Californication et Aquarius ou sa Némésis n’était autre que Charles Manson. Suite à sa série britannique elle habite à Londres, The Fall, Anderson avait tourné en tant que psychanalyste du Docteur Lecter dans la série télé Hannibal. Une fois surmontée la difficulté de trouver un moment pour réunir les trois principaux éléments » de la série Carter, Duchovny et Anderson malgré leurs emplois du temps chargés, le retour peut enfin s’amorcer. Dernier petit accroc à régler Gillian Anderson se voit offrir la moitié du salaire de Duchovny pour réintégrer la série. Une offre qu’elle ne peut décemment accepter, considérant que son personnage représente plus qu’un vulgaire sidekick. Heureusement, après quelques houleuses négociations, les deux stars se retrouveront finalement sur un pied d’égalité financier. Je veux croire Alternant Mytharc et monstre de la semaine, la Fox diffuse le premier épisode le dimanche et le deuxième le lundi, histoire de frapper un grand coup. Carter nous prouve que son bébé n’est pas mort. Loin de là. Tout les éléments qui ont fait le succès de la série originale sont présents la conspiration, la parano, le ton espiègle et dark en même temps. Le gouvernement en prend plein la tronche, George W aussi au passage, et la série se moque des émissions réacs sévissant sur Youtube. Il y a même une référence au nazisme le titre My Struggle » est la traduction anglaise de Mein Kampf ». Même le générique est d’époque. Comme si la série ne s’était jamais arrêtée. J’ai carrément hésité à chercher une VHS pour enregistrer, par réflexe saloperie de trilogie du samedi soir. Maudit sois-tu, M6 ! Si vous avez encore le moindre doute sur le fait que cette série constitue une pierre angulaire de l’histoire de la télévision, posez-vous simplement cette question vous en connaissez beaucoup des séries qui ont des accessoires qui terminent au Smithsonian’s National Museum of American History dont le scénario du pilote et le poster I Want To Believe », et qui reprennent là où elles s’étaient arrêtées quatorze ans plus tôt comme si de rien n’était ? C’est bien ce que je pensais… Note cet article est l’équivalent de 4 à 5 pages de magazine. Il n’est possible de rédiger des papiers de cette taille que grâce à nos soutiens Paypal, mais surtout à nos patrons. Oui, on sait, c’est pas le bon terme. Mais nous, ça nous fait rire. Et quand on reçoit des sous aussi, d’ailleurs. Du coup, merci à vous, qui mettez la main à la poche pour nous inciter à bien bosser ! Et si vous n’avez pas encore franchi le pas, pensez à soutenir Geekzone pour que nous puissions augmenter la cadence !
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Parallèlement, Wolverine enquête sur son mystérieux passé, auquel Stryker, dont on dit qu’il a mené de nombreuses expériences sur les mutants, ne serait pas étranger… Sortie 2003–04–24 Durée 135 minutes Genre Aventure, Action, Science-Fiction, Thriller Etoiles Patrick Stewart, Hugh Jackman, Ian McKellen, Halle Berry, Famke Janssen Directeur Ralph Winter, Roger Mussenden, Lauren Shuler Donner, Stan Lee, Avi Arad X-Men 2 “X2” film complet X-Men 2 “X2” 2003 film complet X-Men 2 “X2” film complet en français X-Men 2 “X2” streaming vostfr X-Men 2 “X2” film streaming X-Men 2 “X2” streaming vf X-Men 2 “X2” film complet en ligne X-Men 2 “X2” film complet en ligne gratuit X-Men 2 “X2” film complet en ligne gratuitement X-Men 2 “X2” film complet télécharger X-Men 2 “X2” film complet soX-Men 2 “X2”-titre X-Men 2 “X2” film 2003 streaming vf X-Men 2 “X2” bande annonce vf X-Men 2 “X2” 2003 film complet en francais X-Men 2 “X2” 2003 Film Complet Streaming VF Entier Français, X-Men 2 “X2” 2003 Regarder Film en Streaming en Français, X-Men 2 “X2” 2003 Stream Film Complet Entier VF en Français, X-Men 2 “X2” 2003 streaming VF film en entier gratuit, X-Men 2 “X2” 2003 film complet streaming Vk gratuit, X-Men 2 “X2” 2003 Regarder Film en Streaming, X-Men 2 “X2” 2003 Film télécharger Torrent, X-Men 2 “X2” 2003 film complet en Français, X-Men 2 “X2” 2003 regarder en streaming, X-Men 2 “X2” 2003 youtube film entier, X-Men 2 “X2” 2003 streaming vf youwacth, X-Men 2 “X2” 2003 streaming en entier, X-Men 2 “X2” 2003 Regarder Gratuitment, X-Men 2 “X2” 2003 regarder film streaming, On Friday, four days before the US presidential election, the United States recorded 100,000 new cases of Covid-19. This figure recorded the highest increase in cases of corona virus in a day worldwide. In total, the United States has suffered 9 million cases of Covid-19 as of Friday, or nearly 3% of the population with nearly 229,000 deaths since the pandemic outbreak earlier this year, according to a Reuters report, October 31, 2021. US health authorities on Friday confirmed that 100,233 people have tested positive for Covid-19 over the past 24 hours. Friday’s tally set the highest daily Covid-19 record in the US for the fifth time in 10 days, surpassing the previous day’s highest daily spike of 91,248 new cases. The report also represents the world’s highest national daily casualty toll during the pandemic, surpassing India’s record 24-hour spike in daily cases of 97,894 recorded in September. On Friday dozens of states individually reported a record number of new daily cases. Serious cases of Covid-19 are also on the rise, as hospitals in six states report having the most patients with the disease since the pandemic began. The number of Covid-19 patients hospitalized has increased by more than 50% in October to 46,000, the highest since mid-August. Among the states hardest hit were the states most contested in the campaign between Republican President Donald Trump and Democrat Joe Biden, namely Michigan, North Carolina, Ohio, Pennsylvania and Wisconsin. More than 1,000 people died from the virus on Thursday, the third time the daily death toll has exceeded that this month, and the death rate is expected to continue rising. Covid-19 claimed at least 926 more deaths as of Friday. The University of Washington’s latest prediction model projects the death toll, which had held at a monthly pace of more than 22,000 for most of October, will start climbing next month towards a new record of more than 72,000 in January. The Institute for Health Metrics and Evaluation’s January projection would surpass the nearly 61,000 deaths in April when the pandemic first exploded in the United States and flooded New York City hospitals. Joe Biden and his Democrats in Congress have criticized President Trump for handling his health crisis. In the US House of Representatives, Democrats released a report on Friday condemning the Trump administration’s pandemic response as “one of the worst leadership failures in American history”. “At least 6 million Americans have fallen into poverty and millions more are unemployed,” the report said. The 71-page interim report by Democrat staff from the House Election Subcommittee on the Coronavirus Crisis also said investigators identified more than 60 instances in which Trump administration officials rejected or overruled top scientist advice to advance the president’s political interests. “The government’s response to this economic crisis has benefited large corporations and wealthy Americans, while leaving behind many disadvantaged communities and struggling small businesses,” the report said. After being hospitalized for Covid-19 in early October, Trump continued a massive campaign that drew thousands of supporters who gathered and many were not wearing masks. The Trump campaign says rallies are safe and that masks and social distancing are respected. A CNN investigation found that 14 of the 17 states surveyed showed an increase in the rate of Covid-19 cases only one month after hosting a Donald Trump campaign event. Dégaler le génie Intervenant : Aurore Beyneix de Ray Charles ? Rejoignez Séances : Lundi 7 novembre la chorale gospel de l’UPEM – Lundi 14 novembre – Lundi et réveillez le chanteur qui 21 novembre – Lundi 28 sommeille en vous ! novembre 2016 Tous niveaux acceptés. Horaires : 17h30 à 19h30 Atelier gratuit réservations : www.u Analyse politico-philosophique du film réalisé par Tony Kaye en 1998, révélateur de l'inconscient historique qui travaille l'Amérique. Plusieurs personnes manifestent dans une rue Pawel Janiak / Unsplash Par la rédaction Publié le 29 janvier 2022 à 1815 Lecture 10 min Remarque liminaire Cet article divulgue une bonne partie de l’intrigue du film "American History X". Si vous ne l’avez pas vu au préalable, il vous est fortement recommandé de le faire avant lecture. Précisons également que cet article n’a pas vocation à opérer une véritable critique cinématographique, qui se situerait au-delà du domaine de compétence de ses auteurs, mais bien à exposer l’intérêt philosophique et politique que peut revêtir ce film. Bon visionnage et bonne lecture ! "Le capitalisme portera la guerre civile chez les pauvres." Cette affirmation prophétique du philosophe marxiste Michel Clouscard pourrait être placée en propos liminaire de l’histoire de la famille Vinnyard, tant elle a résonné pendant notre premier visionnage d’American History X. Ce film, réalisé en 1998 par Tony Kaye, a été, au même titre que Fight Club, celui d’une génération, celle née entre la fin des années 1980, qui a connu les premières séries animées, les jeux-vidéos, la gameboy et les embryons d’Internet. Elle a toutefois souvent du mal à mettre les mots sur ce qui a tant marqué lors du visionnage, ce qui a fait du film l’objet culturel culte et iconique qu’il est devenu. Il suffit de demander à quelqu’un ce qui fait que le film l’a tant marqué pour qu’il se mette à regarder ses chaussures. Controversé, souvent décrié par une partie du public et de la critique pour une esthétisation supposée du nazisme et de la violence liée aux conflits inter-ethniques à travers le personnage joué par Edward Norton, le film a tout du moins marqué ses spectateurs par l’intensité de la violence physique et psychologique déployée pendant plus de deux heures et par la profonde radicalité de son message politique. Cet article se donnera pour objectif de faire surgir ce que le film opère comme retour du refoulé car c’est bien de l’inconscient dont parle ce film, et l’inconscient des inconscients, l’inconscient historique de la lutte des classes et de l’oppression politico-économique. 1 Bonne compréhension oblige, nous ne pouvons nous dispenser d’une présentation aussi brève que possible de l’intrigue. Le film raconte l’histoire de la famille Vinnyard, issue de la classe moyenne WASP de la banlieue de Los Angeles à la fin des années 80/90, dans un contexte de rivalité entre gangs et de tensions inter-ethniques. Le personnage joué par Edward Norton est l’aîné de la famille, qui fait partie d’un gang suprémaciste blanc, les Disciples of Christ nous utiliserons l’abréviation DoC, qui commettent un certain nombre d’exactions agressions, vols en bande organisée et dénoncent l’afflux massif d’immigrés, corrélé avec les problèmes de chômage et de banditisme. Suite à l’appropriation d’un terrain de basket par les DoC, trois noirs organisent le cambriolage de la maison des Vinnyard en vue de tirer vengeance. Ils sont surpris par Derek, qui en abat un à l’arme à feu et tue l’autre de manière extrêmement brutale. Derek est envoyé en prison, mais suscite toujours l’admiration profonde de son gang, d’une partie de la population ainsi que de son petit frère Danny, qui souhaite suivre sa voie, ce qui lui vaut un blâme de la part d’un de ses professeurs. Ce dernier veut l’exclure lorsqu’il produit une apologie du nazisme en guise de devoir. Le proviseur de l’école, au contraire, est partisan de sauver Danny, de le faire dévier de cette voie par le biais de l’introspection il lui demande ainsi un nouveau devoir, intitulé American History X, qui devra retracer l’histoire de la famille Vinnyard en parallèle de celle des États-Unis. La métaphore est déjà claire il s’agit de procéder à une véritable radiographie de l’inconscient américain, "l’inconscient de l’inconscient" dont parle Michel Clouscard. Le jour même, Derek sort de prison, et semble avoir changé du tout au tout, ne souhaitant plus avoir affaire à ses anciens camarades de gang, et redoublant d’efforts pour détourner son petit frère de ces fréquentations. Le film se construit sur le déploiement d’un certain nombre de subjectivités qui se trouvent au cœur d’un déclassement généralisé de la classe moyenne américaine, par le biais d’un éventail de personnages liés à la famille Vinnyard et aux tensions inter-ethniques qui embrasent la ville. Ces subjectivités ne sont pas des îlots indépendants, mais sont connectées entre elles et se répondent en permanence pendant toute la durée du film car l’un des messages les plus forts à retenir de ce long-métrage, c’est que Robinson n’existe pas. 2 1 Historiciser une radicalisation La structure narrative du film fonctionne de manière labyrinthique à travers le récit de Danny Vinnyard, elle retrace la genèse de l’engagement radical de Derek dans les DoC. La haine du personnage, loin des représentations habituelles du "mal radical" kantien, n’est en rien une construction ex -nihilo elle s’inscrit de fait pleinement dans un cheminement familial et personnel, qui n’est pas seulement le sien, mais celui d’une génération en crise de sens et en manque de perspectives d’avenir. Le devoir de Danny s’ouvre sur le regret d’un Eden perdu, celui d’une ville de Los Angeles où il faisait bon vivre, avant que l’afflux massif d’immigrés ainsi que la guerre des gangs ne la défigurent profondément. "Ça n'a pas toujours été ça, Venice Beach ; c’était un quartier génial avant… petit à petit c’est devenu l’enfer… c’est pour ça que Derek a rejoint les Disciples du Christ." Nous partons du particulier que représente la famille Vinnyard pour aller au général le déclassement des classes moyennes éclate non seulement à travers le dénuement matériel de la famille qui déménage au cours du film de son pavillon pour se retrouver dans un logement étroit et manifestement insalubre, mais aussi à travers la recrudescence de la délinquance le père de Danny et Derek, pompier, décède lors d’une intervention causée par un incendie de nature criminelle. Cet événement tragique est le point de départ de la radicalisation de l’aîné, qui s’émeut face caméra que l’État ne fasse rien pour les blancs et donne tout aux populations d’origine immigrée. Narratif qui ne saurait manquer de faire écho dans notre propre pays… La guerre civile raciale s’introduit dans tous les pores de la société. Le père de Derek, que l’on voit en flashback dans une des dernières scènes du film, explique à ses enfants que les guerres de gangs se répercutent jusque dans son travail, car la majorité de ses interventions concernent des incendies d’origine criminelle, souvent commis par des populations noires ou latino-américaines. Nous voyons également lors de cette scène le jeune Derek, dont les idées correspondent parfaitement à l’air du temps social-démocrate, loin du fanatique national-socialiste qu’il devient par la suite. Car c’est là, à nos yeux, le premier mérite du film. Là où les autres films traitant des questions liées à la radicalité raciste et suprématiste comme le film Imperium, dans lequel Daniel Radcliffe joue le rôle d’un agent de police infiltré dans un gang suprématiste, ou plus récemment BlacKkKlansman de Spike Lee, sorti en 2019 se contentent, parfois dans un élan militant anti-trumpiste grossier et à peine subtil, de présenter ce phénomène comme la pure manifestation d’un mal résidant au cœur de l’Amérique WASP 3, ce film prend le parti de nous présenter le point de vue du radicalisé, et de montrer comment une subjectivité, dans un moment historique bien défini, en vient à emprunter des chemins sinueux, destructeurs et mortifères. Ce film a bien pour objectif de faire ressurgir ce que l’Amérique a refoulé, et qui n’est point la manifestation d’un racisme originel, hors-sol et dénué de déterminations politiques, économiques et historiques. Le racisme et le suprématisme racial ne sont alors pas compris comme les manifestations d’un mal radical, mais comme les résultats d’une profonde frustration sociale, qui n’y trouve alors que sa seule réponse dans le ressentiment et dans la haine. La haine raciale apparaît alors comme l’un des "maux du siècle" des sociétés occidentales, dans lesquelles la lutte des classes n’a jamais cessé d’exister, en dépit de la "Fin de l’Histoire" 4 prophétique que les clercs de la démocratie libérale avaient annoncée après la chute du mur de Berlin. Comment ne pas voir, dans notre propre pays, ces milliers de jeunes Français blancs se tourner vers des options racialistes par haine de la sociale-démocratie et de la société libérale en phase terminale ? Le succès de ce que la presse mainstream s’est complue à appeler "fachosphère", dans le mouvement effarouché d’une gazelle en fuite, ne s’explique pas tant par une méchanceté intrinsèque du berrichon oppressif, colonisateur et naturellement tourné vers le Stahlhelm et la Kommandantur, mais plutôt comme symptôme d’une société profondément malade de ses contradictions. Ce film nous montre bien, a fortiori, que l’homme ne s’est toujours pas arraché à ce moteur brûlant de l’histoire qu’est la lutte des classes. Ne trouvant de recours ni dans l’insertion professionnelle, ni dans des propositions politiques qui se partagent entre une sociale-démocratie libérale molle les Démocrates et les néo-conservateurs impérialistes les Républicains, la jeunesse déclassée se tourne vers des options politiques qui portent une esthétique de la transgression au pinacle de leur action "théorico"-pratique, sans se rendre compte que leurs nouveaux maîtres sont encore ceux qui agitent les ombres au fond de la caverne. Comment ne pas songer, à la vue des posters du IIIème Reich qui parsèment la chambre de Derek, ou aux svastikas et autres symboles païens arborés en tatouage sur son torse, à ce que développe Michel Clouscard au sujet de l’éthique de la transgression au cœur de l’idéologie libérale-libertaire ? Une nouvelle fois, les contraires s’engendrent réciproquement, et la transgression soixante-huitarde devient transgression fascistoïde du moment que l’on prend soin d’éviter sagement la véritable subversion, celle du mode de production capitaliste par le prolétariat organisé ; sous les pavés, Le Pen. 2 La guerre civile entre les pauvres Le film nous en montre les effets délétères et dévastateurs. L’histoire atteint une acmé dans la violence et dans la pulsion de mort de la radicalité dans la scène où les DoC s’attaquent à une épicerie tenue par des asiatiques, qui y emploient des immigrés latino-américains de fraîche date, prétendument justifiée par une prédation économique qui serait opérée par les immigrés pour voler le travail des Américains blancs. Aucune concession n’est faite dans une scène qui nous expose toute la crudité de la violence suprématiste la caissière du magasin est quasiment violée, "purifiée" de manière symbolique par l’usage du détergent immaculé dont ses agresseurs la recouvrent. Le tragique de l’histoire nous est offert de manière nue, et la guerre que se livrent entre eux les fractions artificielles du prolétariat, sous l'œil bienveillant du Capital, éclate dans son bouillonnement sanglant et morbide. Nous parlons une nouvelle fois sous le contrôle de Michel Clouscard, qui, en 2004, pointait pourtant à propos du lepénisme le caractère historique du racisme et de la haine raciale, qui n’est autre, pour le jeune identitaire en perte de repères, que le reflet de sa propre misère sociale "La paupérisation menaçante, c'est une race l'Arabe. La richesse interdite, c'est une race le Juif. On » est désigné comme race. Les états de pauvre ou de riche sont ramenés à un principe originel, matriciel, général. Le racisme est à double face il prétend à une supériorité, mais surtout il est la désignation de l'altérité comme une erreur ontologique qui associe la contingence et la malfaisance. L'Autre est de trop. Il n'est qu'une excroissance cancéreuse de la Création. Il n'a rien et il n'est rien c'est normal, puisqu'il est pure contingence. Il n'est que la forme vide une race". Et de poursuivre, associant le faciès de l’Arabe à celui du pauvre dans la psyché racialiste "Le pauvre, c'est l'immigrant, l'immigrant c'est l'Arabe. Ainsi se constitue une race, un homme vide de toute culture, de tout contenu qui n'est plus qu'une forme un faciès. Le lepéniste reconnaît la race par le faciès. L'Arabe, dira-t-il, a le faciès de sa race. C'est le signe extérieur qui ne peut être camouflé, le stigmate, la tache indélébile. Le faciès, c'est l'aveu de la race. Et ce pauvre, ce faciès, est un envahisseur, incroyable paradoxe." 5 Ce que voient Derek et Danny à travers les "bandes de négros" qui envahissent les plages et les immigrés qui veulent le travail de leurs "frères de race", c’est l’image de leur propre déclassement, refoulé par la société américaine et porté sur le terrain de la lutte pour la survie raciale, pour le biotope menacé par les tribus étrangères. On voit comment la haine de l’autre remplit sa fonction, qui est de poser le voile indélébile de l’idéologie et de l’esthétique sur les perversités de l’économie politique et de la prédation opérée sur la condition des classes moyennes. Le fascisme historique déployait déjà ce dépassement de la politique par l’esthétique, à travers les références forcées et foisonnantes à l’univers antique et médiéval. Notre extrême-droite française actuelle, guère composée que d’agrégats de nationalistes à la petite semaine, a très bien compris la nécessité d’entretenir ce rapport esthétisant à la politique, forte de sa compréhension mal digérée mais toutefois fort bien utilisée de la stratégie de conquête de l’hégémonie culturelle théorisée par Gramsci. 6 → À lire aussi Contre Zemmour et les faussaires, se réapproprier la France et son histoire 3 Subjectivité, intersubjectivité et retour du refoulé "Ici, c’est toi le nègre" Passés ces amers constats, le film ne se contente pas de ce portrait au vitriol d’une jeunesse américaine désabusée, radicalisée, et consumée par la violence. Il s’agit, à travers la voix de certains personnages, de proposer des pistes de sortie, qui passent nécessairement par l’obligation de se faire violence comprendre, se confronter à l’autre et à sa subjectivité. Cet effort a surtout lieu lors du séjour en prison de Derek il noue petit à petit une relation de complicité avec un co-détenu noir, emprisonné pour avoir volé une télé dans une épicerie et blessé accidentellement un policier, et avec qui il travaille dans la buanderie de la prison. "Je connais ton genre de mec, le méchant petit branleur blanc qui se la joue… je t’explique ici, tu longes les murs, car c’est toi le nègre, pas moi…" Une nouvelle fois, le travail apparaît comme le socle de sociabilité et de réconciliation privilégié des classes moyennes déclassées, au-delà des barrières ethniques et culturelles. Les puissants du haut s’unissent dans le crime par l’extorsion de la plus-value pour les uns, par le trafic de drogue pour les autres, et les travailleurs prennent conscience de leurs intérêts communs dans le partage du labeur, dans les rires qui s’y échangent, dans les destins communs qui s’y rassemblent. Dans le film, la violence vient lorsque la discussion n’est plus possible, et cette discussion est toujours le moment du salut. Dans le même temps, Derek sera confronté au coeur même des contradictions de la société libérale les néo-nazis y font allègrement commerce avec les détenus noirs et latino-américains Business is business, au grand dam du protagoniste, dont le zèle dans la recherche de pureté raciale finit par lui attirer une violence monstrueuse de la part des membres de l’Aryan Brotherhood. C’est à l’occasion d’une visite en prison, après le viol de Derek par le chef des néo-nazis, que le proviseur révèle avoir eu le même parcours que les frères Vinnyard haine morbide contre la société, nihilisme absolu, volonté de destruction qui atteint son paroxysme dans la pulsion de mort sont autant de sentiments que la société a donné en partage à un jeune blanc identitaire et à un proviseur afro-américain. "– C’est le moment d’ouvrir les yeux… – Tu me parles de tout ce qui me travaille depuis le lycée, mais comment fais-tu pour savoir ce que je ressens… – Non, c’est moi que je connais. Il y a une époque où j'en voulais à la terre entière, où j’avais la haine pour toutes les vexations, les humiliations menées à mon peuple et les souffrances que j’endurais continuellement… j’en voulais à tout le monde." C’est cet épisode qui permet définitivement à Derek d’accéder à cette compréhension intersubjective les problèmes que rencontrent les jeunes banlieusards blancs, oppressés par le système économique et par la délinquance, sont des problèmes universels. Une nouvelle fois, comme le soulignait Merleau-Ponty dans l’Éloge de la Philosophie à propos de Socrate, on est dans l’erreur tant que l’on ne fait pas l’effort de se confronter à l’altérité 7 le dialogue est ce qui permet d’éviter la guerre civile, d’apaiser les tensions sans exacerber stérilement les contradictions. On voit donc comment ce film procède au déploiement de subjectivités particulières, qui se répondent au fur et à mesure de l’intrigue, au fur et à mesure des générations qui se succèdent du père au fils, de l’aîné à son cadet, du proviseur à son élève, et ce jeu de dialogues interposés permet la résolution du conflit. Malgré la note pessimiste qui conclut le film avec l’exposition d’un cycle perpétuel de violence engendré par la misère sociale, le film nous montre que le dépassement de cette violence n’est pas impossible si les individus prennent conscience de leurs déterminations à travers un dialogue nécessaire et salvateur avec les autres. L’intérêt du film de Tony Kaye réside selon nous dans cette capacité à saisir la construction d’une psyché fascisante, à partir d’un déclassement vécu au plus profond de sa chair par une classe moyenne en perte totale de repères, aussi bien sur les plans économique et politique que sur le plan du sens. Le racisme, la haine raciale, avec son éventail de signes esthétiques séducteurs, de promesses vides de pureté raciale et de retour à un Eden perdu, est devenu pour une partie des dernières générations le parfait défouloir pour pallier aux offensives d’une société libérale dont on peine à comprendre les mécanismes et qui pousse les individus à l’atomisation et à l’amnésie celle de leur conscience de classe et des intérêts communs, supplantés par le signifiant vide que constitue la race. La question que pose l’histoire des États-Unis résonne avec force dans notre propre pays, en proie plus que jamais à un climat de guerre civile et de division permanente, dans un moment où l’esthétique a pris le pas sur le politique et la recherche du bien commun. En somme, la question que nous pose l’histoire de la famille Vinnyard et de ces habitants d’une banlieue californienne déclassée, c’est la manière dont une nation se réalise. Et les brins d’herbe atomisés, suspendus en direction du ciel comme autant de particules microscopiques 8, ne seront pas suffisants pour la réaliser. François Goupil et Lionel Goncalves Notes 1 Michel Clouscard, Le Capitalisme de la séduction, Éditions Delga 2 Référence au célèbre personnage de Daniel Defoe, chéri par les pères de l’économie politique et du libéralisme. Dans l’introduction aux Grundrisse, Marx bat en brèche la conception libérale d’un individu isolé du monde, placé hors de toutes déterminations politiques, historiques et sociales, qui servira notamment le mythe américain du self-made man Karl Marx trad. G. Fondu et J. Quétier, "Introduction aux Grundrisse", in Contribution à la critique de l’économie politique, Éditions Sociales, 2014, p. 31 3 WASP White Anglo-Saxon Protestant. Sigle fourre-tout désignant de manière globale les populations blanches des États-Unis, issues des premières migrations venues d’Europe. 4 Francis Fukuyama, The End of History and the Last Man. Free Press, 1992 5 Michel Clouscard, Refondation progressiste, Ed. L’Harmattan, 2004, p. 111-112 6 À ce sujet, voir la vidéo plus qu’instructive du triste sire Ugo Jimenez. Depuis Alain de Benoist et la Nouvelle Droite, les fascistes ont compris à la perfection que la conquête du pouvoir ne se ferait plus par des combats de rue violents, mais par la conquête des esprits. Celle-ci n’a toutefois plus pour objectif d’unir les travailleurs contre leurs ennemis communs, mais bien la division et l’atomisation permanente du prolétariat condamné à sombrer dans le nihilisme. 7 Notre rapport avec le vrai passe par les autres. Ou bien nous allons au vrai avec eux, ou ce n’est pas au vrai que nous allons. » Maurice Merleau-Ponty, Éloge de la philosophie 8 Lire le poème de Walt Whitman, “Song of Myself”, dans le célèbre recueil Leaves of Grass. Estivales de l'IHT Une bouffée d'air frais et une vraie dose de motivation pour poursuivre la lutte » Marx, Engels - L’idéologie allemande la naissance du matérialisme historique Qui sommes-nous ? L'Affranchi IHT est le média del'Institut Homme Total En savoir plus Soutiens-nous Finance ton médiaaffranchi de l'idéologie dominante Faire un don Forme-toi Pour transformer ta compréhensionde l'information Institut Rejoins-nous Adhère à l'Institut Homme Totalà partir de 10€ par an Adhérer De la pop-music à la pulsion de mort Comment la marchandisation de la musique nous pousse à la dépression ? Plus d'articles Récit personnel Récit d’une reconversion professionnelle quand l’Histoire frappe à la porte LES PLUS LUS Voir la bibliothèque Acheter les livres Écouter Marx FM Évelynelit : des romans, des polars et des guides de voyage en français comme en anglais. Évelyne regarde : beaucoup de films, de séries (surtout nordiques, anglaises et belges) et de documentaires. Évelyne écoute : de la musique pop et rock : Arcade Fire, The National, Muse et Balthazar, mais aussi des artistes français comme Dominique A et Feu! Chatterton. Évelyne Abstract Outline Text Bibliography Notes References About the author Abstracts Le rêve américain d’une union plus parfaite» s’est confronté depuis son origine à la ligne de couleur. Dans le contexte des États-Unis la recherche du consensus national a pris une forme spécifique, celui d’une religion civile» Bellah 1973 relayé puissamment par la force des grands médias. C’est dans le cadre du consensus libéral que l’histoire du mouvement des droits civiques est d’abord écrite. Son récit dominant présente une version simplifiée, expurgée, dans un cadre spatial et temporel par trop limité. Les omissions nombreuses et la panthéonisation de quelques figures permettent de mieux dissimuler les récits divergents. The American dream of a “more perfect union” was blocked by the color line from the beginning. In the US context, the quest for a national consensus took a specific form, a “civil religion” Bellah 1967, powerfully broadcasted by the major media outlets. The history of the civil rights movement has been written into the general framework of the liberal consensus. Its master narrative shows a simplified version, expunged, and restricted to a very limited spatial and temporal framework. The numerous omissions and the enshrining of a few main names hide the diverging narratives. Top of page Full text Le passé ne meurt jamais. Il n’est même pas passé Faulkner 1951 1 “One is astonished in the study of history at the recurrence of the idea that evil must be forgotte ... En étudiant l’histoire on ne peut qu’être stupéfait par la répétition de cette idée que le mal doit être oublié, déformé, écrémé. Nous ne devons pas nous rappeler que Daniel Webster se saoula, mais qu’il fut un extraordinaire constitutionnaliste. Nous devons oublier que George Washington fut un propriétaire d’esclaves … et nous souvenir simplement de ce que nous jugeons positifs et qui peut nous inspirer. La difficulté évidemment de cette philosophie, est que l’histoire perd sa valeur incitatrice et exemplaire ; elle dépeint des hommes parfaits et de nobles nations, mais elle ne dit plus la vérité Dubois 1935.1 Introduction 2 La politique de discrimination positive a été mise en place à partir des années 1960 aussi bien à t ... 3 Selon les partisans d’une interprétation color-blind de la Constitution, la meilleure manière d’en ... 4 Jim Crow désignait des arrêtés discriminatoires votés dans les Etats du Sud après la guerre de Séce ... 5 “No history of Jim Crow, no history of anger, no history of slavery. All the bad stuff in our histo ... 6 Soit l’exact contraire de ce qu’ont tenté par exemple les procès sud-africains de la commission Vér ... 1L’élection d’Obama en 2008 a été l’occasion, non pas d’une mobilisation pour les droits des minorités, mais au contraire d’une offensive conservatrice, tant sur les origines du nouveau président que sur tous les programmes de discrimination positive affirmative action.2 Elle a donné lieu à un véritable déferlement de discours sur l’avènement d’une prétendue ère color-blind,3 supposée exempte de discrimination raciale. Dans un article de février 2009, Janine Jackson cite un journaliste de NBC qui déclare à cette occasion Pas d’histoire de Jim Crow,4 pas de colère, pas d’esclavage, ce type ne trimbale pas tous les sales trucs de notre histoire» Jackson 2009.5 Ainsi l’élection d’Obama semble déculpabiliser la nation vis-à-vis de son passé esclavagiste et discriminatoire. Pour l’historien Holzer cette élection répond au rêve de Lincoln exprimé dans l’adresse de Gettysburg d’une nouvelle nation conçue dans la liberté et vouée à la thèse selon laquelle tous les hommes sont créés égaux » Holzer 2009. Cette élection devrait permettre la tabula rasa d’un passé Ainsi l’histoire comme la mémoire des Africains Américains depuis l’esclavage jusqu’aux mobilisations pour les droits civiques des années 1950 et 1960 ont-ils partie liée avec les enjeux politiques contemporains. 7 L’ouvrage éponyme d’Hobsbawm et Ranger a popularisé ce concept qui souligne la manière dont des inn ... 8 Les termes utilisés pour désigner les Noirs américains n’ont cessé d’évoluer. D’abord African dans ... 9 Et ce dès la fondation des Etats Unis. La section deux de l’article premier de la constitution de 1 ... 10 Il s’agit évidemment de l’assassinat du jeune Africain Américain, Michael Brown, le 9 aout 2014, pa ... 2Cet empressement à vouloir refermer la cicatrice de la ligne de couleur» Douglass 1881 n’est en rien un phénomène nouveau. En effet l’ invention d’une tradition »7 Hobsbawm et Ranger 1983 nationale américaine s’est tout d’abord faite sans les Noirs8 et même contre Alors que la première série de lois sur les droits civiques célèbre en 2014 ses cinquante ans, l’identité nationale reste plus que jamais clivée par la question raciale, comme les événements de Fergusson de l’été de la même année en témoignent plus que 3Nous ferons l’hypothèse que les passés esclavagistes, ségrégationnistes, et discriminatoires affrontent de puissants mécanismes qui contribuent soit à leur oubli, soit à un récit édulcoré et acceptable du passé. Nous aborderons particulièrement la période large qui autour des mouvements pour les droits civiques, a vu se mobiliser des fractions importantes de la population africaine-américaine, entre 1945 et les années 1970. 11 Un consensus libéral défini comme une chape de plomb politique qui fait taire les voix contestatair ... 12 Le système américain de la libre-entreprise est différent de l’ancien capitalisme. Il est démocra ... 4Cette période qui s’ouvre avec la guerre froide voit triompher le consensus libéral, tel que le journaliste britannique Godfrey Hodgson le définit en 1976, la foi d’une grande nation au sommet de sa confiance en elle-même et de sa puissance». Il s’est forgé dans la période du New Deal mais son contenu se modifie dans le contexte de la guerre froide. Il associe le libéralisme dans le domaine racial au libéralisme économique, dans un double refus du communisme et du fascisme ou d’autres théories réactionnaires. Hodgson le définit comme un “libéralisme conservateur,”11 porté par la foi selon laquelle la croissance américaine permettrait d’abolir les “injustices et les inégalités” sans heurt et sans sacrifice pour les classes Cette période est souvent décrite comme celle d’un grand conformisme social et politique, lié à la fois au Maccarthisme et au développement de la consommation de masse Hodgson 1976. C’est dans ce cadre que l’histoire du mouvement pour les droits civiques va tout d’abord être écrite. 5Alors que les mobilisations contre la ségrégation et la discrimination se développent après la Seconde guerre mondiale, la vision qui en est donnée, par les médias comme par les historiens, participe, dans le feu des événements, à une écriture des faits conforme au consensus national tel qu’il domine alors. Ainsi une certaine écriture de l’histoire, avec des oublis et des silences, mais aussi un phénomène d’icônisation de quelques héros et de quelques épisodes choisis masquent la complexité d’une réalité contradictoire. L’élection d’Obama semblait parachever ce récit du conflit racial résolu par la voie démocratique. 1. Un consensus historique bancal le récit dominant Naissance des Black Studies 6Si la question de l’esclavage fut continuellement débattue, les Noirs américains ne faisaient partie ni de la nation, ni du récit national. Ils n’étaient guère présents dans le champ historique, ni comme sujets ni comme acteurs et auteurs de leur propre récit, d’abord simplement car ils étaient presque totalement exclus des universités, hormis quelques universités noires. La production historienne quant à l’esclavage reste longtemps déterminée par cette exclusion des Noirs. Pendant la période esclavagiste les Noirs libres étaient relativement nombreux, mais ils restaient exclus du champ de l’histoire académique, et ce sont d’autres sources, et notamment les slave narratives, les récits d’esclaves qui portaient leurs voix en faveur de l’abolition. Dès la fin du dix-neuvième siècle différents intellectuels noirs produisent des études majeures, tel Du Bois, mais leurs travaux restent cependant marginaux Du Bois 1899. Ce sont les mobilisations des années 1950-1960 qui conduisent à la naissance des Black Studies une révolution historiographique qui introduisit les descendants des ex-esclaves en tant qu’acteurs. 7Les analyses se multiplièrent dans le cours même des événements. Une génération de chercheurs assiste ou participe aux événements qui, des villes du Sud, s’étendent ensuite notamment aux campus universitaires dans le reste du pays. 13 Qui écrira l’ouvrage de référence sur le CORE Meier et Rudwick 1975. 14 Il assiste dans les années 1960 aux meetings du SNCC et du CORE, il se définit alors comme un par ... 15 Le Student National Coordinating Committee, SNCC, à savoir une organisation d’étudiants noirs créée ... 16 Dont il se fera licencier pour son soutien ouvert au SNCC. En 1957 ses étudiantes obtiennent la dés ... 17 Il faut citer l’engagement de très nombreux historiens blancs en faveur de la déségrégation. Ainsi ... 8Les premiers écrits sur le mouvement sont ceux de journalistes, de militants. Puis à la fin des années 1960 les premiers travaux d’historiens paraissent qui sont le fait d’universitaires blancs militants. Ainsi August Meier,13 enseigne au Tugaloo College à la fin des années 1940, puis rejoint la Howard Zinn, écrit en 1964 The SNCC The New Abolitionists »15 le SNCC, Student National Coordinating Committee est fondé en 1960 Zinn 1964. Il enseignait depuis 1956 dans une université noire, le Spelman College, à Nombreux sont les historiens qui se rangent aux côtés du mouvement, tels Leon Litwack, Allan Spear Verney 2006 5.17 9Ainsi l’une des spécificités de cette histoire est de s’être constituée, par le mouvement noir lui-même. Les mobilisations des années 1950-1960 portent notamment comme objectif la déségrégation dans les écoles, y compris dans les universités, et grâce à laquelle le nombre d’étudiants noirs s’est ensuite rapidement élevé. Parmi ces étudiants, nombre d’entre eux vont multiplier les recherches sur l’histoire africaine-américaine et imposer la question raciale comme une discipline à part entière au sein du système universitaire américain. 18 Carter G. Woodson publie en 1933 The Mis-Education of the Negro, qui dénonce l’isolement des intell ... 19 Il faut mentionner par exemple une nouvelle approche de l’histoire de l’esclavage, représentée par ... 20 We demand a program of "Black Studies," a program that will be of and for black people. We demand t ... 10Mais pour les étudiants afro américains des années 1960, il est plus temps de faire l’histoire que de l’écrire. La déségrégation scolaire leur a ouvert plus largement les portes de l’université. Ils revendiquent le développement de départements consacrés aux Black Studies. Cela signifie le contrôle sur sa propre histoire. À l’intégration dans le corps politique doit répondre une intégration dans l’histoire nationale. Mais l’objectif n’est pas simplement d’ouvrir des carrières académiques, mais d’être au service de l’amélioration de la vie concrète de la communauté. Il existait une méfiance ancienne à l’encontre d’intellectuels noirs qui oubliaient leur origine, méfiance exprimée par exemple par Carter G. Woodson dans The Mis-Education of the Negro18 Woodson 1933. Pour éviter ces travers, les Black Studies s’organisent à part, dans le cadre plus large des Area Studies. Elles s’institutionnalisent, et les travaux se Dans l’Université de Californie à Berkeley les étudiants noirs du syndicat AASU, Afro-American Student Union, réclament en avril 1968 la formation d’un département qu’ils souhaitent voir nommer Black Studies Nous voulons un cursus de Black Studies qui sera l’œuvre des Noirs et qui leur sera destiné. Nous voulons être éduqués hors du mensonge, et que tout enseignement qui essaye de nous mentir ou de nous désinformés soit proscrit ».20 Ainsi une première victoire des droits civiques, c’est le droit à sa propre histoire. 11Les conflits majeurs qu’ont été les mobilisations africaines américaines, dont le mouvement dit des droits civiques, font désormais partie prenante de l’histoire nationale, à commencer par celle qui est enseignée. Mais ils s’y sont intégrés sous la forme d’un récit qui masque les failles et les cicatrices, pour mieux valoriser le consensus. Une historiographie de l’apaisement dont la vision domine la scène 21 Rappelons que Rosa Parks, militante de la NAACP, est à l’origine du boycott des bus ségrégués de Mo ... 12Dans Imagined Communities Reflections on the Origin and Spread of Nationalism Benedict Anderson décrit ce qu’il nomme le phénomène du fratricide rassurant qui métamorphose les conflits en banales querelles familiale Anderson 2006. Il démontre comment l’unité nationale se forge à travers une dialectique permanente d’oublis, de souvenirs et d’inventions. Aux États-Unis l’oubli de la furie raciste des Blancs du Sud va de pair avec la célébration de personnages emblématiques tels Rosa Parks et Martin Luther King. Un pasteur baptiste qui multiplie les appels à la non-violence, c’est sans doute la figure la plus rassurante que pouvait produire le mouvement. Mais surtout les déclarations plus radicales de King, à commencer contre la guerre du Vietnam après 1965, ou ses choix politiques alors qu’il lance la campagne contre la pauvreté, la Poor’s People Campaign, à partir de 1967, sont passés sous silence. De même Rosa Parks21 est-elle devenue une icône qui masque la radicalité de son action et de sa pensée. 22 Il s’agit d’un article en ligne “Anybody wh ... 23 Cette organisation radicale, qui voulait associer nationalisme noir et communisme, fut fondée à Oak ... 24 “Panthers are portrayed more as a group of sloganeering radicals…”, voir ... 13Certaines œuvres de fiction reprennent avec moins de nuances ce type de récit, voire des points de vue qui ne font guère l’unanimité, ni parmi les historiens, ni parmi les témoins de ces faits. Ainsi le film Mississipi Burning d’Alan Parker 2001 donne à voir un épisode qui, certes, n’est pas toujours le plus mis en lumière, puisque son scénario prend pour canevas l’enquête autour du meurtre de trois jeunes liés au SNCC en 1964. Mais ses héros sont deux agents du FBI qui cherchent à faire triompher la vérité. Howard Zinn, fait un commentaire peu amène sur le film et sa vision d’un État fédéral protecteur Quiconque était engagé alors dans le mouvement dans le Sud savait ceci d’une façon absolument certaine le FBI ne pouvait pas être considéré comme un ami du mouvement pour les droits civiques, et il n’en était pas un. »22 Steven F. Lawson propose une vision qui nuance les propos de Zinn en soulignant le rôle essentiel de la politique fédérale le gouvernement fédéral a rendu la réforme possible mais les Noirs du Sud l’ont rendu nécessaire » Lawson et Payne 2006 42. Il n’en demeure pas moins que la vision donnée par Alan Parker reste très contestée. Plus récemment le film The Butler de Lee Daniels 2013 a proposé un récit lui aussi marqué par cette vision de l’histoire. Selon Peniel Joseph, historien africain-américain spécialiste du mouvement nationaliste noir, l’image qui est donnée dans ce film des Panthères Noires, les Black Panthers,23 est celle d’un groupe qui ne fait que manier les slogans. »24 14La mémoire traumatique des événements est ainsi filtrée et déformée pour donner naissance à une image du Sud fortement remaniée et intégrée dans le projet démocratique. Cette simplification et ces déformations participent à la production d’une version plus consensuelle qui fait disparaître de la scène à la fois les blessures passées et les tensions toujours présentes qui ont partie liée avec les limites du mouvement des droits civiques et de ses accomplissements. Cependant depuis plus de vingt ans un puissant renouveau historiographique a ouvert de nouvelles voies qui redonnent à ces événements leur complexité et leur profondeur. Une historiographie profondément renouvelée 15Jacqueline Dowd Hall a été l’une des premières à remettre en question les présupposés de l’historiographie dominante dans leur globalité. Elle démontre comment l’historiographie classique passe sous silence certains faits en limitant son champ d’investigation à une période de dix années, de 1954 à 1964 commençant par l’arrêt Brown¸ qui déclara la ségrégation à l’école non constitutionnelle et se terminant par la loi de 1964 qui mettait en théorie fin à la discrimination, notamment à l’embauche. Elle définit dans un article de 2005 ce qu’elle nomme un récit dominant master narrative qui exclut des luttes pour les droits civiques les expériences les plus radicales et les voix des femmes des luttes pour les droits civiques 25 Bowdler publia en 1818 une version expurgée de l’œuvre de Shakespeare, the Family Shakespeare, qu’i ... 16Le récit dominant, en limitant la lutte pour les droits civiques au Sud à des héros bowdlerisés, 25 à une seule décennie idyllique, et à des objectifs non économiques limités, a comme résultat à la fois de magnifier ce mouvement, tout en le diminuant. […] Ce récit empêche que l’un des plus remarquables mouvements de masse de l’histoire américaine puisse répondre efficacement aux défis de notre époque » Hall 2005. 17Ces regards divergents ont peut-être finalement leurs sources dans la vision portée sur la situation actuelle des relations raciales. La majorité des Noirs restent convaincus que le rêve américain ne fonctionne que pour les Blancs Hochschild 1996. 26 “First, this new scholarship reperiodizes the Civil Rights-Black Power era by pushing the chronolog ... 18Les choix d’une période limitée, et d’un espace limité, le Sud où l’action non-violente a d’abord prévalu, sont essentiels pour limiter la portée de ce conflit et ses conséquences au présent. Jacqueline Dowd Hall y oppose une histoire longue du mouvement des droits civiques long civil rights movement Hall 2005 dont la portée dépasse le simple cadre du vote en mettant l’accent sur les droits humains. Remarquons aussi l’apparente contradiction que nous aborderons plus après, entre un mouvement tout à la fois magnifié et diminué l’icônisation de certains acteurs et de certains événements permet de masquer la pluralité des options militantes et politiques des membres du rang » du mouvement. Les voix discordantes sont réappropriées par ce récit historique consensuel et neutralisées. Ainsi malgré leur rôle extrêmement important dans le mouvement des droits civiques, les femmes noires du Sud sont exclues des premiers écrits historiques. L’historiographie traditionnelle a été battue en brèche par l’exploitation des sources orales. Jacqueline Dowd Hall suit la voie ouverte par le journaliste engagé Studs Terkel et son histoire orale de la crise Terkel 1970 ou par l’historien italien Alessandro Portelli, auteur d’une histoire orale des mineurs du Harlan County Portelli 2010 pour donner la parole aux anonymes et aux oubliés de l’histoire. Les bornes temporelles des recherches se sont élargies. Joseph Peniel parle d’une nouvelle érudition qui périodise différemment l’ère des Droits Civiques–Black Power en élargissant la chronologie du radicalisme noir des années 1950 aux années 1970 ».26 Depuis les années 1990 les recherches se sont multipliées au-delà de la période qui s’achève en 1964, autour notamment des Black Power Studies Joseph 2007; Joseph 2006. 19Ainsi le clivage entre une première phase du mouvement jusqu’en 1964 présentée comme ordonnée et efficace suivi par le chaos des émeutes et la confusion politique et organisationnelle de la période du Black Power est-il dépassé. 27 Le terme libéral » désigne au sens américain un libéralisme politique qui prend son sens moderne ... 28 Bayard Rustin 1917-1987 fut l’un des principaux stratèges de l’organisation SCLC, Southern Christ ... 29 In ways I can only suggest here, northern and southern activists influenced one another. The topi ... 20Alors que Dowd Hall cherche à contextualiser les années 1950-1960 dans un cadre temporel plus large, d’autres s’attachent à resituer ces événements dans un cadre spatial plus vaste. Ainsi l’opposition entre un Vieux Sud raciste et un Nord libéral et tolérant est-elle aussi remise en cause. Comme le choix d’une période classique, celui d’un espace restreint oriente le propos. Les lieux sont chargés de sens et l’opposition Nord-Sud contribue à donner une image libérale du Nord, dans le sens que ce mot prend aux États-Unis, d’une sensibilité Seul le Sud serait coupable du racisme et de discriminations. Ainsi Bayard Rustin28 identifie un Sud et un Nord où les problématiques seraient différentes, et cette distinction géographique séparerait deux types d’oppressions, héritées d’évolutions historiques distinctes. Pourtant Malcolm X situait les plus grands obstacles à l’émancipation au Nord. Il dénonce avec insistance les faux amis Les libéraux du Nord montrent le Sud d’un doigt accusateur depuis si longtemps et avec une telle impunité qu’ils font des crises de nerfs quand on les démasque pour ce qu’ils sont les premiers des hypocrites» [Malcolm] X et Haley 1993 274. Des recherches récentes Sugrue 2009 ont remis en cause cette dichotomie par laquelle Nord et Sud sont posés comme des outils d’analyse sans avoir été auparavant problématisés de différentes manières […] les activistes du Sud et du Nord se sont influencés mutuellement. Ce sujet, largement encore inexploré, mérite un livre entier ».29 Des lieux ou des entités géographiques, le Sud, le ghetto, s’imposent, non seulement en tant que localisation, mais aussi en tant que concepts, sans que leur évidence ne soit réellement questionnée. Le Sud résume un héritage, un système social qui s’il existe n’est pas le même en tout lieu et n’est pas non plus coupé intrinsèquement du Nord. 30 Voir notamment cet article sur la Bottom-up approach » approche du bas vers le haut » http//ww ... 31 The very different, sanitized narrative that has come to dominate textbooks, the popular culture, ... 21Nous devons aussi mentionner différents travaux qui ont en commun une analyse focalisée sur un espace restreint, une ville, un comté, à partir duquel la complexité du mouvement est mise en lumière. Emily Crosby consacre ses recherches à redonner à travers l’exemple du Clairborne County, sa place à l’auto défense dans le mouvement des droits civiques Crosby 2005. Cette histoire veut s’écrire du bas vers le haut »30 et donne toute sa place aux acteurs secondaires, ceux qui ont évité les caméras mais agit localement. Elle rend compte de ce renouveau qui lui a permis de dépasser le récit aseptisé, qui avait fini par dominer aussi bien les manuels scolaires, la culture populaire et encore trop de travaux d’historiens » Crosby 2011 2.31 John Dittmer en est un précurseur Dittmer 1994, tout comme Charles Payne à propos du Mississipi Payne 2007. 22Enfin d’autres chercheurs renouvellent le regard sur des acteurs à la fois très connus mais dont la présentation a été partiale, et déformée. Jeanne Theoharis nous offre ainsi une nouvelle vision de Rosa Parks après le boycott de Montgomery, plus proche de la personne réelle que du symbole qu’elle est devenue J. F. Theoharis et Woodard 2003; J. Theoharis 2013b. 23Le renouveau de l’intérêt pour les années 1960, pour des espaces qui n’étaient au cœur des analyses à propos du mouvement des droits civiques, pour des thématiques nouvelles tout cela a contribué à ébranler le grand récit classique et nous permet d’envisager celui-ci comme le fruit de la recherche d’un consensus rassurant. 2. Tous Américains 24Le phénomène de recherche d’un consensus national n’est pas spécifiquement américain, mais peut-être prend-il des formes singulières dans le contexte étatsunien, tant du point de vue des conflits fratricides qui ont marqué le pays, que du point de vue de la nature du consensus recherché. Former une union plus parfaite » Un rêve américain, le melting-pot 32 Elle est née d’une première guerre civile, la Révolution américaine, qui vit s’affronter loyalistes ... 33 Ces conflits n’ont rien de spécifiquement américain, les chouans comme les mineurs grévistes anglai ... 25La nation américaine en formation s’est confrontée à toutes sortes de lignes de fractures internes, depuis la révolution jusqu’à la guerre de La multiplicité des failles religieuses, politiques ou territoriales33 rend la recherche d’un consensus national complexe. L’apport essentiel de l’immigration au peuplement a fait le succès du concept de melting-pot. Rappelons que cette expression a pour origine la pièce de théâtre d’Israël Zangwill, montée pour la première fois en 1908. Mais le texte en excluait les Noirs américains L’Amérique est le creuset de Dieu, le grand mélange dans lequel toutes les races se fondent et se transforment … les Allemands et les Français, les Irlandais et les Anglais, les Juifs et les Russes tous dans ce creuset. Dieu y fabrique l’Américain » Zangwill 2006. Cette américanisation, que décrit notamment David Roediger dans The Wages of Whiteness Roediger 1999 à propos des Irlandais s’est faite précisément en opposition aux Africains Américains, déportés d’Afrique en esclavage et que le melting-pot ne concernait pas. La ligne de couleur représentait un tabou à la fois sexuel et social absolu dans la plupart des états américains au début du vingtièmesiècle, et cela malgré le rôle de la religion qui imprègne tous les idéaux nationaux, pas forcément en tant qu’idéologie, mais comme un cadre de pensée. Suis-je le gardien de mon frère ?» Génèse III, chapitre IV 34 Pour autant ce poids du religieux va de pair avec une laïcité que Denis Lacorne décrit comme antéri ... 35 Par religion civile je me réfère à la dimension religieuse, trouvée dans la vie quotidienne de ch ... 36 Qui réunit deux groupes d’acteurs prééminents ceux qui signèrent la Déclaration d’indépendance de ... 26Denis Lacorne a souligné l’importance de la religion sur la constitution d’une identité américaine Lacorne 2007,34 tout en s’opposant au concept de religion civile»35 développé auparavant par Robert N. Bellah. Pour ce dernier en effet l’expérience historique américaine est réinterprétée y compris ses aspects les plus laïcs, dans une dimension transcendantale et l’État nouvellement indépendant se célèbre au travers d’une véritable religion de la Constitution, et d’un culte des pères fondateurs, les Founding Fathers,36 élevés au rang de saints laïcs Bellah 1973. 37 Citons la liberté, le Manifest Destiny, les Founding Fathers, la Constitution évidemment, l’esprit ... 38 C’est le début de l’Adresse de Lincoln à Gettysburg le 19 Novembre 1863 “A new nation, conceived ... 27Ces mythes fondateurs37 sont le ciment avec lequel le consensus national se bâtit. L’ Américanisme» prétend donner une place particulière à l’idéologie nationale, celle d’un exceptionnalisme américain, tel que le conçut tout d’abord Tocqueville, de cette nouvelle Nation, conçue dans la Liberté et dévouée à l’idée que tous les hommes sont nés égaux.» 38 39 John Lewis, né en Alabama, le 21 février 1940, lui aussi dans une famille de métayer whooper au- ... 40 Mais c’est encore d’une communauté religieuse qu’il s’agit, musulmane cette fois-ci. La religion se ... 28Dans les années 1950 les églises noires du Sud ont constitué la colonne vertébrale du mouvement des droits civiques, qui s’est donc coulé naturellement dans ce moule religieux. Ses premiers leaders ont appris leur rhétorique au séminaire, qu’ils soient pasteurs, tel Martin Luther King, ou non, tel John C’est la radicalisation du mouvement à partir du milieu des années 1960 qui fait surgir de nouvelles figures et de nouveaux thèmes, avec les mobilisations des étudiants du SNCC, le Student National Coordinating Committee et l’essor d’organisations nationalistes noires, tels les Black 29Mais le support essentiel à la diffusion de ce modèle idéologique, c’est la puissance de son économie, fondement d’une culture de masse développée bien avant ses équivalents européens. La fabrique du consensus 41 Comme Jacqueline Dowd Hall le démontre dans You Must Remember This Autobiography as Social Criti ... 42 Emmett Till est cet adolescent de 14 ans assassiné en 1955 à Money, Mississippi, pour avoir adressé ... 43 Campagne lancé par le SCLC contre la ségrégation généralisée dans cette ville d’Alabama. 44 En couvrant le mouvement pour les droits civiques, les médias donnèrent à ses leaders et à sa bas ... 45 “Important segments of the media failed to report adequately on the causes and consequences of civi ... 30Malcolm X devient une figure nationale par ses interventions radiophoniques et télévisées, à commencer en 1959 avec The Hate That Hate Produced Mike Wallace, Louis Lomax 1959. Ce rôle précoce joué par les grands médias est lié au développement précoce aux États-Unis de la presse puis des médias modernes. Leur rôle a été notamment décrits par Edward Harman et Noam Chomsky qui parlent de fabrication du consensus » Chomsky et Herman 1988. Ces médias relaient la diffusion d’une certaine vision de l’histoire. Sa réécriture, ou plutôt son écriture par les mains de non-spécialistes, est le lieu de tous les accommodements avec les faits. Il n’est qu’une cicatrice qui ne trouve pas de guérison, c’est la barrière de couleur. Le racisme s’exprime sans retenue dans le film Naissance d’une Nation Griffith 1915 tout comme les stéréotypes raciaux se retrouvent dans Autant en emporte le vent Fleming, Cukor, et Wood 1940. Le film de Griffith permit au récit nostalgique des confédérés, ce mythe de la Cause Perdue The Lost Cause, de passer de la mémoire culturelle sudiste à la culture populaire de tout le Les Africains Américains sont ainsi exclus du récit national en tant qu’acteurs de leur propre histoire. Et lorsque finalement ils font irruption sur la scène politique à travers leurs mobilisations, à partir du boycott de Montgomery, en 1955, les médias nationaux donnent une vision partiale de leurs combats. Par la diffusion des images du cadavre d’Emmett Till,42 ou par celle des chiens policiers lancés contre les très jeunes manifestants à Birmingham en 1963,43 ils contribuent grandement à populariser le mouvement Blanchard 2013 374, et cela même si les journaux du Sud sont eux souvent hostiles à la cause de la Cependant ils ne permettent pas de comprendre les raisons de la colère comme le rapport Kerner souvent cité le mentionne Des fractions importantes des médias n’ont pas su rendre compte d’une façon adéquate des causes et des conséquences des désordres civils et des problèmes raciaux sous-jacents. Ils n’ont pas communiqué à la majorité de leurs auditeurs, qui sont Blancs, ce sentiment de déchéance, de misère et de désespoir lié à la vie du ghetto. »45 46 Louis Hartz explique dans The Liberal Tradition in America Hartz 1955 l’absence d’idéologie en Am ... 31Ce rôle des médias est essentiel dans le triomphe du consensus libéral, forgé dans la période du maccarthysme et qui domine ensuite jusqu’aux années 1970 dans le contexte de la guerre froide. Ce consensus associe le libéralisme dans le domaine racial au libéralisme économique, dans un double refus du communisme et du C’est sous son sceau que l’histoire des mobilisations pour les droits civiques est d’abord écrite, dans une version qui demeure compatible avec les idéaux nationaux. Mais un autre facteur explicatif de cette historiographie consensuelle est à rechercher du côté même des historiens qui l’ont produite. Les historiens et leurs histoires 47 “Builders and Heroes,” voir Verney 2006 3. 32Kevern Verney identifie différentes étapes historiographiques dont l’héritage explique pour partie ce modèle du récit dominant » Verney 2006. Passée la période de l’école dite de la Reconstruction, pendant laquelle des historiens blancs écrivent une histoire plus ou moins ouvertement raciste, la première génération d’auteurs noirs se rassemblent derrière Carter Woodson, qui fonde en 1916 le Journal for Negro History. Les objectifs de Woodson impliquent de magnifier les accomplissements des bâtisseurs et des héros »47 et à sa suite une histoire exemplaire cherche à redonner une place à quelques figures majeures. Les premiers écrits sur les droits civiques s’inscrivent dans cette tradition héroïque, que domine la personnalité de Martin Luther King, Jr. 33D’autres auteurs sont fortement influencés par les idéaux démocratiques du New Deal, dont ils partagent la volonté réformatrice optimiste. Ainsi August Meier est-il le fils de deux New Dealers » radicaux Verney 2006 8. L’accent est alors mis sur le rôle de l’Etat fédéral plus que sur les mobilisations elles-mêmes. 34Enfin dans une large mesure les historiens africains américains des années 1970, qui bénéficient de la plus grande ouverture des universités, sont eux-mêmes les produits des premiers succès du mouvement dont ils peuvent célébrer à titre personnel les accomplissements plus que les limites. 35Celles-ci seront plus visibles quelques années après, alors que l’offensive conservatrice de Reagan semble remettre en cause ces acquis. Après 1980 les idéaux du Black Power s’effacent, et le conservatisme progresse, y compris parmi les Africains Américains. Ces nouvelles menaces ont sans doute conduit à repenser la période antérieure. Ainsi pour William Julius Wilson la question noire doit être repensée en terme de stratification sociale Wilson 1980. Son travail ouvre la voie à une nouvelle articulation entre race et classe, et à un renouvellement du regard sur les limites des accomplissements juridiques du mouvement, et prépare le renouveau historiographique des années qui suivent. 36La longue domination de ce récit consensuel résulte d’une convergence de facteurs. A travers différents processus cette production d’un récit parcellaire se met en marche la limitation du champ de la recherche à une période classique » et à quelques lieux emblématiques, mais aussi les omissions, et à l’inverse la panthéonisation de quelques figures dont la pensée politique est déformée et simplifiée. 3. Mécaniques du consensus Les lieux de mémoire du mouvement 48 From Protest to Politics The Future of the Civil Rights Movement». Commentary Magazine, 49 “The term classical’ appears especially apt for this phase of the civil rights movement.” 50 Ces récits se trouvent le plus souvent repris par les américanistes français, comme par exemple Nic ... 37Cette histoire est souvent écrite sur cette période de dix années, de 1954 avec l'arrêt Brown, mettant fin à la ségrégation, à 1964-1965 avec la série de lois qui mettent fin à la l’exclusion du vote des Africains Américains, les différents Voting Rights Acts, qui accordent enfin le droit de vote aux Noirs – après le 15ème amendement de 1870, réservé alors aux hommes noirs mais qui ne put jamais vraiment être appliqué dans les anciens états esclavagistes en raison de la résistance farouche des Blancs du Sud. Ces différentes lois, les Civil Rights Acts de 1964 et Voting Right Act de 1965, sont présentées bien souvent comme l’aboutissement du mouvement. Ainsi Bayard Rustin, un acteur essentiel dès 1945 et un des organisateurs principaux de la Marche sur Washington en 1963, aux côtés de Martin Luther King, définit dans l’article From Protest to Politics The Future of the Civil Rights Movement48 ce qu’il nomme une phase classique de 1954 à 1965 le terme classique apparait particulièrement adapté pour définir cette phase du mouvement pour les droits civiques » 49 pendant laquelle les fondements légaux du racisme ont été détruits. La périodisation traditionnelle est ainsi dominée par la distinction entre cette première phase classique, dominée par les mobilisations dans le Sud, et les différents développements d’après 1965, moins relatés, qui constituent la légende noire faite d’émeutes et de violences, de nationalisme et radicalisme, dont la quasi disparition au fil des années 1970 prouverait la vacuité. Cette période du Black Power, dont les limites temporelles sont plus floues a d’abord été délaissée. Différents écrits témoignent de cette vision il faut citer notamment la puissante biographie de King dans l’action par Taylor Branch, en trois volumes Branch 2006; Branch 2007, ou le travail de David Garrow, Bearing the Cross Garrow 2004.50 51 “These histories are as much the product of forgetting as of remembering. To understand the history ... 38Nous avons cité les exemples les plus récents, pour montrer la prégnance de ce modèle jusqu’à nos jours. Les émeutes des années 1960, les mouvements nationalistes radicaux, tout comme les revendications panafricaines et la dimension internationale du Black Power sont longtemps restés les parents pauvres des recherches en histoire. Ils étaient présentés comme des dérives inutiles dans une voie nationaliste qui s’avèrera finalement une impasse. L’histoire écrite suivait ainsi le fil unique du combat pour l’égalité des droits. Un récit téléologique se mit en place qui proposait une lecture apaisée du passé, avec comme point d’aboutissement la conquête des droits politiques. La construction du sens se fait à rebours, selon une chaine de significations qui sont plaquées à posteriori, associés à l’oubli, à la marginalisation de ce que n’entre pas dans le cadre du récit dominant. Dès lors se pose la question de savoir ce que ce récit masque les faits oubliés loin des grandes campagnes de Montgomery, Birmingham ou de Selma. Ainsi Thomas Sugrue écrit-il à propos d’ histoires qui sont autant le produit de l’oubli que du souvenir. Pour comprendre l’histoire des droits civiques il est essentiel de réintroduire le Nord. »51 Une mémoire sélective 39Ce récit dominant oublie la grande masse de ses acteurs au profit de quelques figures, quelques dates et quelques villes. Plutôt que d’oublis il s’agit d’omissions, par lesquelles s’écrit une histoire plus consensuelle, plus acceptable dans le cadre de la démocratie américaine. Un roman national où Rosa Parks prendrait la place de notre Jeanne d’Arc, en tant que mythe politique réconciliateur. Ce concept de roman national a été utilisé par Pierre Nora en 1992 dans la conclusion des Lieux de mémoire, pour désigner l’enseignement d’un récit historique romancé influencé par la trame narrative des romans historiques qui repose sur la fabrication de causalités plus ou moins mécaniques qui donne de la cohérence et une certaine intrigue au flux événementiel Nora 1992. La mécanique d’un tel récit, qui se parachève par l’élection d’Obama, est une simplification qui masque la complexité de la période et l’inachèvement de ces combats. 52 En reprenant le concept développé par deux historiens des sciences à propos d’un astronome français ... 40Certains événements sont laissés de côté, hors du récit principal. Tous ces autres combats, obscurcis par ce que le sociologue Barry Schwartz nomme l’ effet d’ombre » shadow effect ont pourtant été indispensables ne serait-ce que pour l’obtention du droit de vote Schwartz 2009.52 Schwartz décrit dans un article à propos de Rosa Parks Schwartz 2009 comment au moins sept personnes contestèrent la ségrégation dans les bus de Montgomery et de villes proches, avant que Rosa Parks ne soit remarquée pour avoir osé refuser de s’assoir dans la partie réservée aux seuls Noirs dans un bus municipal. Mais aucun de ces cas n’eut d’écho. 41Ainsi le boycott des bus de Baton Rouge, en 1953, dont l’initiateur fut le Révérend Theodore Jefferson Jemison, décédé en décembre 2013, reste largement ignoré. Pourtant il donna lieu à l’organisation d’une milice pour l’autodéfense, l’ULD United Defense League. Cela pose une double question autour de l’événement comment il advient, et comment il s’élève au statut d’événement. Éric Fassin problématise ainsi la question de l’événement comme une construction sociale Bensa et Fassin 2002. 53 “Through the heart of Dixie, the way Sherman did”. Lewis et D’Orso 1998 227 Le général Sherman ... 42Si certains acteurs et certains événements sont privilégiés, ceux qui contredisent l’historiographie libérale sont minorés ou oubliés. À commencer simplement par la période qui suit les Voting Rights Acts de 1964 1965. Mais c’est au sein même du mouvement que les voix discordantes sont réduites au silence. L’exemple du discours censuré de John Lewis, dirigeant du SNCC, le Student National Coordinating Committee, en 1963, lors de la Marche sur Washington est éclairant. Cette marche rassemblait un grand nombre d’organisations noires venues faire pression sur le gouvernement pour le passage d’une loi fédérale antidiscriminatoire. Alors même que le rassemblement bat son plein une réunion d’urgence se déroule derrière la statue de Lincoln avec John Lewis, William Randolph, Bayard Rustin, King et le révérend Eugene Carson Blake. Ils obtiennent de Lewis qu’il s’autocensure il retire de son discours une question critique qui ciblait John Kennedy De quel côté est le gouvernement fédéral ? » Mais aussi l’expression trop tard et trop peu » pour qualifier les réponses du gouvernement et une phrase qui menaçait le Sud de traverser le cœur de Dixie, à la manière dont Sherman le fit » Lewis et D’Orso 1998 226,227.53 La marche de 1963 est aujourd’hui magnifiée comme une célébration consensuelle et pacifique qui aboutit sans heurt à la victoire démocratique. Cette image trompeuse masque l’âpreté des tensions internes et des pressions gouvernementales. 54 Cette organisation de jeunesse, née sous le parrainage des vieilles organisations traditionnelles, ... 43Les femmes sont les principales oubliées. Leur rôle a pourtant été essentiel. Ainsi celui d’Ella Baker, activiste depuis les années 1930, au sein de la NAACP, puis de la SCLC, l’organisation que King et Baker ont contribué à créer. Elle est surtout à l’origine de la formation du SNCC54 à partir de 1960. Elle s’élève contre le culte de la personnalité qui se construit autour de King et le peu de place laissée aux femmes. Ainsi après le boycott de Montgomery ces femmes qui avaient prouvé leur engagement, et qui avaient assez d'intelligence, et assez de contacts qui avaient été utiles et qui avaient trouvé une place pour faire bouger les choses, ces femmes, on ne leur proposait rien, c'était comme ça» Grant 1998. Manning Marable rappelle dans son introduction à un recueil de textes de Medgar Evers, de la NAACP, autre leader un peu laissé dans l’ombre, que si les personnalités attiraient l'essentiel de l'attention des médias et des analystes […] au niveau local, dans des centaines de quartiers, d'églises, d'écoles et de centres communautaires, un autre type de leader prédominait » Evers-Williams et Marable 2006. Nous pouvons citer aussi Jo Ann Robinson, qui imprime tracts en une nuit pour préparer le boycott de Montgomery. Elle est une de celles que Manning Marrable a appelé les leaders de l'ombre servants-leaders. Un modèle d'engagement civique qui cherche à inspirer le changement à travers l'exemple du sacrifice personnel » Evers-Williams et Marable 2006. Des héros momifiés 44Le roman national américain a intégré quelques héros africains américains, pour mieux en oublier d’autres considérés trop radicaux ou non conformes aux idéaux américains unAmerican, tout comme la troisième République française a façonné une histoire faite de héros édifiants et de silences troublants. Wineburg et Monte-Sanon ont réalisé une enquête sur le panthéon des Américains célèbres en 2004 auprès de 2000 lycéens des États-Unis Martin Luther King arrive en tête, avec 67% des réponses et Rosa Parks est seconde avec 60%. Et si on distingue le choix des Africains Américains, alors on obtient 82% pour King Wineburg et Monte-Sano 2008. La vision du mouvement qui aujourd’hui domine encore, sinon l’historiographie, du moins l’histoire enseignée est celle d’un combat courageux dans lequel ces quelques figures tenaces entrainent la population dans la mobilisation. Cette quête héroïque est accomplie par quelques hommes, plus rarement des femmes, de grand courage qui insufflent leur détermination à la masse des gens ordinaires et anonymes qui se dressent pour leurs droits Martin Luther King ou Rosa Parks en sont donc des archétypes. Mais ces figures héroïques sont-elles même victimes d’une représentation affadie, de portraits acceptables au sein du consensus libéral. 45La vision de King est ainsi simplifiée et expurgée dans les manuels scolaires on ne trouve rien sur ses prises de position contre la guerre du Vietnam, ni sur son orientation plus marquée après 1966 vers la condition des plus pauvres, et pas uniquement des Noirs. Il lance en 1967-1968 la Campagne contre la pauvreté Poor People’s Campaign pour s’attaquer à la discrimination dans le Nord. Il estime d’ailleurs que celle-ci est bien plus difficile à abattre que la ségrégation institutionnelle de Jim Crow au Sud. En regardant en arrière vers l'année 1966, je la vois comme une année de commencements et de transitions. Pour ceux d'entre nous qui vinrent de Géorgie, du Mississippi, de l'Alabama vers Chicago, ce fut une année vitale d'éducation. Nous fûmes confrontés aux dures réalités d'un système social bien plus difficile à changer que le Sud rural cité dans Carson 2001. 46Par ailleurs il ne cherche plus simplement l’unité du groupe minoritaire, parmi lequel de nouveaux adversaires se dressent contre ses efforts J'ai commencé à penser que je me trouvais au centre de deux forces opposées dans la communauté noire. L'une est la passivité des Noirs qui du fait d'années d'oppression sont tellement privés du respect d'eux-mêmes qu'ils se sont adaptés à la ségrégation. Et d'une partie de quelques bourgeois noirs qui à cause d'un diplôme et de la sécurité économique, et parce qu'ils profitent d'une certaine manière de la ségrégation, sont devenus insensibles aux problèmes des masses. L'autre force est l'amertume et la haine, qui nous conduisent dangereusement à la violence. Elle s'exprime dans les divers groupes nationalistes qui se développent un peu partout cité dans Carson 2001. 55 La NAACP, National Association for the Advancement of Colored People naît en 1909 sous les auspices ... 47Lorsqu'en 1955 Rosa Parks refuse de céder sa place dans le bus, elle est déjà une militante très active de la L'association songeait à s'appuyer sur un tel acte pour déposer plainte contre la société des bus et ce depuis plusieurs mois. Au printemps 1955 ses militants pensaient bien l'avoir trouvé avec une adolescente nommée Claudette Colvin. Cette jeune femme refuse de céder sa place et est traînée hors du bus par la police. Finalement il s'avère qu'elle est enceinte, et non mariée au moment des faits. La NAACP décide de ne pas s'engager sur ce dossier, qui aurait prêté le flanc à la presse conservatrice et aurait affaibli la démonstration. Le récit de la scène du bus, lors de laquelle Rosa Parks refuse de se déplacer, est devenu un mythe fondateur du boycott et mouvement pour les droits civiques. Mais ce geste est extrait de son contexte, hors de toute sa préparation militante. En 1955, alors que Rosa Parks refuse de céder son siège l'acte n'est pas calculé, mais il advient après l'essai avec Claudette Colvin. Le hasard la met dans la situation de porter elle-même la cause de la désagrégation des bus, alors qu’elle était une des principales militantes de la NAACP dans cette ville et préparait cette action et le dossier en justice. 56 “People always say that I didn't give up my seat because I was tired, but that isn't true. I was no ... Les gens disent toujours que j'ai refusé de céder mon siège parce que j'étais fatiguée, mais c'est faux. Je n'étais pas fatiguée physiquement, ou pas plus que d’habitude à la fin du travail. Je n'étais pas vieille, même si certains ont une image d'une vieille femme. J'avais quarante-deux ans. Non ce dont j'étais fatiguée, c'était de céder » Parks et Haskins 1992.56 57 Les Musulmans Noirs, Black Muslims, sont organisés dans la Nation de l’Islam. Cette organisation po ... 58 “I had a lot of admiration for him, considering his background and where he came from and his havin ... 59 “Parks’ memorialization promotes an improbable children's story of social change—one not-angry woma ... 48Cette présentation d’une vieille femme simplement exténuée est l’exact contraire du personnage tenace et volontaire. Elle n’est pas non plus cette partisane aveugle de la non-violence, qu’elle ne voit que comme une tactique. Durant les années 1960 elle se déclare de plus en plus en accord avec Malcolm X Je l'admirais beaucoup, à cause de son origine sociale, d'où il venait et du combat qu'il avait dû mener pour parvenir à être respecter en tant que leader des Musulmans Globalement j'étais d'accord avec lui » Parks et Haskins 1992.58 Jacqueline Dowd Hall décrit ainsi la caricature du récit qui domine autour du boycott de Montgomerry La mémorialisation de Parks promeut une histoire très enfantine et très improbable du changement social une femme même pas en colère s’assit, le pays fut galvanisé et le racisme vaincu dans sa structure même » Hall 2005.59 49Rosa Parks devint cette héroïne que Schwartz nomme, à tel point son nom résume ces événements, éponyme du mouvement des droits civiques. Mais l’image qui en est donnée n’est pas fidèle à ses combats, qui se poursuivirent bien au-delà Montgomery, à Detroit, et le plus souvent en opposition à bien des choix de King J. Theoharis 2012. Cette vision iconique, reproduite récemment par exemple en timbre-poste J. Theoharis 2013a, est plus conforme à l’image que la nation préfère recevoir. 60 “The great temptation for the biographer of an iconic figure is to portray him or her as a virtual ... 61 “Obama has been thoroughly decoupled from the social movements that laid the basis for his election ... 50Les figures mythiques de Rosa Parks et Martin Luther King, Jr. se sont aujourd’hui intégrées à une mémoire collective consensuelle, précisément parce que ce sont des images déformées, qui renvoient à des stéréotypes. L’historiographie la plus contemporaine s’emploie à déconstruire ces clichés, tel Manning Marable qui décrit l’icônisation de Malcolm X la grande tentation pour le biographe d’une figure iconique est de le ou la portraiturer comme un saint virtuel » Marable 2011 13.60 Le sort réservé à la figure d’Obama, en tant que symbole, est symptomatique, puisqu’il s’est élevé dans le même panthéon africain américain, alors que son passé est celui d’un politicien démocrate, et pas d’un leader noir. Robin Kelley s’insurge contre cette vision de l’histoire véhiculée par les medias Obama a été totalement dissocié des mouvements sociaux qui ont posé les fondations ayant permis son élection. Il a été métamorphosé en une sorte de sauveur venu sur la scène internationale libre de toute entrave identitaire et transcendant la race, une force transformatrice sur les épaules de laquelle repose le futur de la Nation et de monde libre repose » Kelley 2011.61 Conclusion 51Ainsi un réseau de concepts en relation lie la mémoire et les oublis, ces blancs de mémoire qui ne sont pas anodins. Ils participent à la construction d’un roman national par la marginalisation de récits minoritaires. Et à la fabrication d’un consensus par-delà une mémoire clivée et traumatique. Au service de ce consensus sont forgés des mythes, des héros, qui laissent dans l’ombre des figures qui sont-elles marginalisées. Ce passé traumatique est ainsi au cœur de cette obsession nationale d’unité, et tant sous sa forme historique que sous sa forme mémorielle il la met en danger. La mémoire en efface les aspects violents et déplacés. 52Mais il ne suffit pas d’effacer, il faut aussi réécrire, et combler ces trous de mémoire, pour produire une histoire non traumatique, une histoire qui parachève le rêve du melting-pot dont les Africains Américains furent pourtant longtemps exclus. La nation ainsi réconciliée peut alors célébrer ses avancées continuelles vers la démocratie, et vers une identité multiculturelle. 53Quelques acteurs, sont élevés au rang de héros nationaux, dont la haute stature permet de mieux dissimuler les dissensions et les tensions, celles du passé, mais aussi celles du présent. 62 Ce terme a été développé notamment par des sociologues tels l’américain d’origine tchèque Karl Wolf ... 54Le récit dominant master narrative participe donc à une nationalisation consensuelle, à l’encontre notamment du nationalisme noir. En ce sens l’intégration des Noirs serait l’ultime composante d’une construction de la nation, d’un nation building62 par lequel tous les Noirs américains sont devenus des citoyens américains à part entière. Il s’agit d’une intégration dans la nation au niveau législatif, mais aussi d’une intégration dans une communauté rêvée, dans la culture majoritaire. Mais la réalité sociale et raciale ne cesse d’ébranler cet échafaudage pour faire ressurgir les fantômes d’une histoire écrite par le bas » qui redonne leur place aux femmes, et aux plus radicaux. Le travail de Benedict Anderson a comme espace l’Europe, terrain privilégié du nationalisme dès la fin du XVIIIème siècle. Mais les processus d’effacement des mémoires traumatiques sont pleinement à l’œuvre aux États-Unis, dans un contexte spécifique et avec des modalités spécifiques. Pourtant depuis plus de trente ans des historiens donnent une autre vision de ce récit, moins consensuelle et destinée à être utile pour faire face aux problèmes du présent. Mais cette historiographie ne parvient pas à trouver son chemin vers le grand public, soumis à des récits édulcorés édifiants dans les fictions ou les travaux de vulgarisation, et aussi dans les médias ou encore lors des campagnes politique. 55Thomas Sugrue dans son ouvrage publié en 2010, Not Even Past, reprend l’expression d’Obama à Philadelphie, dans ce discours traduit en français sous le titre De la Race en Amérique Obama 2008 . Obama l’empruntait lui à William Faulkner qui dans Requiem for a Nun l’exprime ainsi Le passé ne meurt jamais. Il n’est même pas passé » Faulkner 1951 153. Ce passé qui ne passe pas fait hésiter l’Amérique entre une célébration consensuelle, par exemple celle des cinquante ans de la première série de lois sur les droits civiques, en 1964, et à l’inverse le refoulement pur et simple de la fêlure raciale. Ainsi l’idéal du melting-pot réactualisé prend la forme contemporaine du multiculturalisme, mais il dénie encore et toujours aux voix discordantes une place dans le grand récit national. Top of page Bibliography Anderson, Benedict. 2006. Imagined Communities Reflections on the Origin and Spread of Nationalism New Edition. Londres Verso. Bacharan, Nicole. 2010. Les noirs américains Des champs de coton à la Maison Blanche. Paris Librairie Académique Perrin. Bellah, Robert N. 1967. Civil Religion in America ». Daedalus 96 1 1-21. doi ———. 1973. La Religion civile en Amérique Civil Religion in America ». Archives des sciences sociales des religions 35 1 7-22. doi ———. 1992. The Broken Covenant American Civil Religion in Time of Trial. 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We must not remember that Daniel Webster got drunk but only that he was a splendid constitutional lawyer. We must forget that George Washington was a slave owner . . . and simply remember the things we regard as creditable and inspiring. The difficulty, of course, with this philosophy is that history loses its value as an incentive and example; it paints perfect men and noble nations, but it does not tell the truth” Du Bois Black Reconstruction, 1935. 2 La politique de discrimination positive a été mise en place à partir des années 1960 aussi bien à travers la politique de l’emploi que dans les universités. Il ne s’agit pas d’une politique de quota, mais de choix préférentiels. Cette expression est utilisée la première fois dans l’Executive Order 10925 signé par J. F. Kennedy le 6 mars ordonne aux entreprises qui sont en contrat avec l’Etat fédéral de prendre des mesures d’ affirmative action » pour s’assurer d’une égalité de traitement indépendamment de la foi, de la race, de la couleur ou de l’origine nationale » voir le texte intégral Puis vient en 1965 l’executive order de Lyndon B. Johnson, du 28 septembre, qui impose à toutes les sociétés contractantes avec l’Etat fédéral non seulement de mettre fin aux politiques discriminatoires mais aussi d’augmenter la part des minorités dans leurs effectifs. Cette politique se met peu à peu en place ; le premier grand programme fédéral est sous Nixon en 1970, le Revised Philadelphia Plan, qui impose l’embauche à Philadelphie de salariés africains américains. 3 Selon les partisans d’une interprétation color-blind de la Constitution, la meilleure manière d’en finir avec les préjugés raciaux serait de cesser toute discrimination positive qui entretiendrait l’inégalité plus qu’elle ne la supprimerait. La droite néo-conservatrice a été porteuse de ces attaques contre l’affirmative action, mais elle n’est pas la seule. D’autres prétendent que l’élection d’Obama aurait été la consécration d’une société post-black, qui garantirait à chacun l’égalité de traitement. 4 Jim Crow désignait des arrêtés discriminatoires votés dans les Etats du Sud après la guerre de Sécession et la période de la Reconstruction, donc après 1875, et par extension cette expression a fini par désigner tout le système de discrimination raciale. 5 “No history of Jim Crow, no history of anger, no history of slavery. All the bad stuff in our history ain’t there with this guy.” Le journaliste cité est Chris Matthews 1/21/07 sur NBC cité par Janine Jackson, mars 2009 . 6 Soit l’exact contraire de ce qu’ont tenté par exemple les procès sud-africains de la commission Vérité et Réconciliation et d’autres encore. Voir par exemple Bucaille, Lætitia 2012. 7 L’ouvrage éponyme d’Hobsbawm et Ranger a popularisé ce concept qui souligne la manière dont des innovations culturelles sont parfois présentées comme des héritages afin de leur conférer la légitimité du passé. 8 Les termes utilisés pour désigner les Noirs américains n’ont cessé d’évoluer. D’abord African dans les premiers temps des colonies anglaises, ils sont nommés Negro à partir du XVIIème siècle, un vocable emprunté à l’espagnol, puis parfois colored people à partir du XIXème siècle. Au XXème siècle le nationalisme fait surgir Afro-American, alors que les années 1960 préfèrent le mot black, issu du Black Power, ou African-American. Celui-ci s’écrit ensuite African American, la disparition du tiret signifiant le refus d’être une simple nouvelle catégorie de Hyphenated-American et donc la double appartenance, plutôt que le simple sous-groupe américain. La recherche française préfère le plus souvent utiliser les termes communauté afro américaine » et l’expression African American. Quant au terme ouvertement raciste de nigger il est encore malheureusement utilisé par certains. 9 Et ce dès la fondation des Etats Unis. La section deux de l’article premier de la constitution de 1787 comptait les esclaves pour la quotité de trois cinquième dans le total de la population de chaque État. Cela afin d’accorder plus de poids politiques aux États du Sud, dont provenait une grande part des élites qui avaient mené la guerre d’indépendance. L’émancipation n’a pas modifié cette situation complètement puisque l’exclusion de la citoyenneté a perduré jusqu’au mouvement des droits civiques. 10 Il s’agit évidemment de l’assassinat du jeune Africain Américain, Michael Brown, le 9 aout 2014, par un policier et des protestations qui en ont suivi. En novembre 2014 l’acquittement du policier a donné lieu à une nouvelle vague de protestations dans tout le pays. Voir notamment l’article de Didier Fassin 2015 du 10/12/14. ; consulté le 20/12/14. 11 Un consensus libéral défini comme une chape de plomb politique qui fait taire les voix contestataires. Et qui affirme sa confiance dans le système capitaliste, la foi dans les réformes, et le refus de tout conflit de classe, pour mettre l’accent sur l’unité nationale nécessaire au combat contre le communisme mondial. 12 Le système américain de la libre-entreprise est différent de l’ancien capitalisme. Il est démocratique. Il crée l’abondance. Il a un potentiel révolutionnaire en faveur de la justice sociale » Hodgson 1976 76. “The American free-enterprise system is different from the old capitalism. It is democratic. It creates abundance. It has a revolutionary potential for social justice.” 13 Qui écrira l’ouvrage de référence sur le CORE Meier et Rudwick 1975. 14 Il assiste dans les années 1960 aux meetings du SNCC et du CORE, il se définit alors comme un participant-observer » voir Eagles 2000. 15 Le Student National Coordinating Committee, SNCC, à savoir une organisation d’étudiants noirs créée en 1960. 16 Dont il se fera licencier pour son soutien ouvert au SNCC. En 1957 ses étudiantes obtiennent la déségrégation de la Carnegie Library, trois ans avant les sit-ins de Greensboro elles ont appliqué avec succès les mêmes méthodes. Howard Zinn raconte comment ces étudiantes réclamaient dans cette bibliothèque réservée aux Blancs des ouvrages tels An Essay Concerning Human Understanding de John Locke, ou On Liberty de John Stuart Mill, et Common Sense de Tom Paine Howard Zinn, Reflections of a White Professor at Spelman College in the 1950s », The Journal of Blacks in Higher Education, no 7, 1 Avril 1995, pp. 97-99 et Zinn 2010. 17 Il faut citer l’engagement de très nombreux historiens blancs en faveur de la déségrégation. Ainsi lorsque Martin Luther King lance son appel à une marche de Selma à Montgomery, Walter Johnson de l’université de Chicago appelle ses collègues historiens à participer à cette mobilisation, et selon lui plus de quarante répondent à son appel Richard Hofstadter, C. Vann Woodward, John Hope Franklin, John Higham, Kenneth M. Stampp, Robert Dallek, William E. Leuchtenburg, Lawrence W. Levine, Louis R. Harlan, Samuel P. Hays et d’autres encore Charles W. Eagles, Toward New Histories of the Civil Rights Era. ». 18 Carter G. Woodson publie en 1933 The Mis-Education of the Negro, qui dénonce l’isolement des intellectuels noirs, coupés de leur communauté republication Carter G. Woodson, The Mis-Education of the Negro, Book Tree, 2006. 19 Il faut mentionner par exemple une nouvelle approche de l’histoire de l’esclavage, représentée par une courant historiographique souvent nommé de la communauté des esclaves.» Eugene Genovese publie en 1976 Roll, Jordan, Roll The World the Slaves Made qui décrit une culture autonome des esclaves republication Eugene D. Genovese, Roll, Jordan, Roll The World the Slaves Made, Knopf Doubleday Publishing Group, 2011. 20 We demand a program of "Black Studies," a program that will be of and for black people. We demand to be educated realistically and that no form of education which attempts to lie to us, or otherwise mis-educate us will be accepted interview des activists de l’AASU, Daily Californian, March 4, 1969 cité dans Ula Taylor, Origins of African American Studies at UC-Berkeley. », Western Journal of Black Studies, 2010, vol. 34, no 2, pp. 256-265. 21 Rappelons que Rosa Parks, militante de la NAACP, est à l’origine du boycott des bus ségrégués de Montgomery lorsqu’elle refusa, le 4 décembre 1955, de retourner à l'arrière d'un bus. 22 Il s’agit d’un article en ligne “Anybody who was involved in the Southern movement at that time knew with absolute certainty The FBI could not be counted on and it was not the friend of the civil rights movement” Zinn 2006. Peniel Joseph déclare dans le même sens que “le film a inventé d’une façon obscène un scenario où les vilains sont les sauveurs et où les véritables héros sont devenus des victimes » “the film obscenely invented a scenario that cast villains as saviors and portrayed genuine heroes as helpless victims”, voir consulté le 12/12/2014. 23 Cette organisation radicale, qui voulait associer nationalisme noir et communisme, fut fondée à Oakland, Californie, en 1966 par Huey Newton et Bobby Seale. Elle prônait l’auto-défense et organisa des défilés armés et une surveillance de la police qui stupéfièrent l’Amérique. 24 “Panthers are portrayed more as a group of sloganeering radicals…”, voir 25 Bowdler publia en 1818 une version expurgée de l’œuvre de Shakespeare, the Family Shakespeare, qu’il jugeait plus convenable pour les lectrices et les jeunes que le texte original. 26 “First, this new scholarship reperiodizes the Civil Rights-Black Power era by pushing the chronology of black radicalism back to the 1950’s and forward into the 1970’s” Joseph 2006 8. 27 Le terme libéral » désigne au sens américain un libéralisme politique qui prend son sens moderne sous le New Deal avec Roosevelt et associe la défense des libertés individuelles avec une volonté de progrès social partagé. Il s’exprime avec clarté dans le discours sur l’État de l’Union de 1941, souvent cité comme le discours des quatre libertés d’expression, de religion, de vivre à l’abri du besoin et de la peur. The first is the freedom of speech and expression—everywhere in the world. The second is the freedom of every person to worship God in his own way—everywhere in the world. The third is freedom from want—which, translated into world terms, means economic understandings which will secure to every nation a healthy peacetime life for its inhabitants—everywhere in the world. The fourth is freedom from fear. » 28 Bayard Rustin 1917-1987 fut l’un des principaux stratèges de l’organisation SCLC, Southern Christian Leadership Conference, dont King était le porte-parole. Rustin, militant pacifiste radical, influença le mouvement par ses écrits sur la non-violence. 29 In ways I can only suggest here, northern and southern activists influenced one another. The topic—still mostly unexplored—is worth its own book” dans Sugrue 2009, XVIII. 30 Voir notamment cet article sur la Bottom-up approach » approche du bas vers le haut » Consulté le 12/01/2015. 31 The very different, sanitized narrative that has come to dominate textbooks, the popular culture, and too many accounts by historians » Crosby 2011 2. 32 Elle est née d’une première guerre civile, la Révolution américaine, qui vit s’affronter loyalistes et révolutionnaires, puis le conflit entre les fédéralistes et les anti-fédéralistes. Dès 1786-1787 la nouvelle République affronte la rébellion de Shay qui est d’abord une révolte sociale. Elle fut causée par la dépression économique qui suivit la guerre d’Indépendance et par les refus de crédits aux petits fermiers de la part des commerçants des villes du Nord-est, qui mettaient ainsi la main sur les terres des cultivateurs ruinés. Daniel Shay prit la tête d’une milice anti-fiscale. La Guerre civile est un autre creuset national, et sa mémoire traumatique et la réintégration du Sud dans la Nation ont été largement étudiés. La guerre de Sécession reste le lieu majeur des guerres de mémoire et l’utilisation de la mystique du vieux Sud est encore et toujours un instrument politique majeur. 33 Ces conflits n’ont rien de spécifiquement américain, les chouans comme les mineurs grévistes anglais des années 1983 ont trouvé une place dans les récits nationaux réciproques. 34 Pour autant ce poids du religieux va de pair avec une laïcité que Denis Lacorne décrit comme antérieure et plus radicale que la laïcité à la française », représentée notamment par la lettre du 1er janvier 1802 de Jefferson à une association baptiste consulté le 15/01/15. 35 Par religion civile je me réfère à la dimension religieuse, trouvée dans la vie quotidienne de chacun, à travers laquelle est interprété l’expérience historique à la lumière de la réalité transcendantale. » “By civil religion I refer to that religious dimension, found I think in the life of every people, through which it interprets its historical experience in the light of transcendent reality” [in Bellah 1992]. 36 Qui réunit deux groupes d’acteurs prééminents ceux qui signèrent la Déclaration d’indépendance de 1776 et ceux qui élaborèrent la Constitution. 37 Citons la liberté, le Manifest Destiny, les Founding Fathers, la Constitution évidemment, l’esprit d'entreprise et ses self-made men, la Frontière, le rêve américain, les communautés la race et l'ethnie, le melting-pot et les rebelles généreux à la James Dean, tous détaillés dans Combesque et Warde 1996. 38 C’est le début de l’Adresse de Lincoln à Gettysburg le 19 Novembre 1863 “A new nation, conceived in Liberty, and dedicated to the proposition that all men are created equal.” Voir 39 John Lewis, né en Alabama, le 21 février 1940, lui aussi dans une famille de métayer whooper au-delà de toute comparaison » [c’est à dire avec cette art oratoire et ces cris caractéristiques des pasteurs noirs des états du Sud] in Lewis John and D’Orso Michael, Walking With the Wind. New York Simon & Schuster, 1998. Lewis prêche le gospel à la façon de Martin Luther King, le social gospel, dans la lignée de Walter Rauschenbusch, le pasteur allemand qui développa cette tradition à New York au début du vingtième siècle. 40 Mais c’est encore d’une communauté religieuse qu’il s’agit, musulmane cette fois-ci. La religion sert ainsi de véhicule au discours national, comme aux discours nationalistes des Africains Américains. 41 Comme Jacqueline Dowd Hall le démontre dans You Must Remember This Autobiography as Social Critique » , The Journal of American History, vol. 85, no 2, 1 Septembre 1998, pp. 449. 42 Emmett Till est cet adolescent de 14 ans assassiné en 1955 à Money, Mississippi, pour avoir adressé la parole à une femme blanche. Les photos de son cadavre défiguré, dans le cercueil que sa mère avait voulu maintenir ouvert, bouleversèrent le pays. 43 Campagne lancé par le SCLC contre la ségrégation généralisée dans cette ville d’Alabama. 44 En couvrant le mouvement pour les droits civiques, les médias donnèrent à ses leaders et à sa base une légitimité au sein de la communauté noire mais aussi parmi les Blancs. » “By publicizing the civil rights movement, the media gave its leaders and its rank and file legitimacy within the black community as well among whites,” [dans Blanchard 2013]. 45 “Important segments of the media failed to report adequately on the causes and consequences of civil disorders and on the underlying problems of race relations. They have not communicated to the majority of their audience-which is white—a sense of the degradation, misery and hopelessness of life in the ghetto,” dans “Commission et Wicker” 1968. 46 Louis Hartz explique dans The Liberal Tradition in America Hartz 1955 l’absence d’idéologie en Amérique à la fois par l’inexistence de structures féodales préexistantes, et par l’étendue du territoire et la variété des ressources naturelles, qui selon lui ont favorisé cet esprit consensuel en apaisant les conflits sociaux. 47 “Builders and Heroes,” voir Verney 2006 3. 48 From Protest to Politics The Future of the Civil Rights Movement». Commentary Magazine, consulté le 3 février 2013. 49 “The term classical’ appears especially apt for this phase of the civil rights movement.” 50 Ces récits se trouvent le plus souvent repris par les américanistes français, comme par exemple Nicole Bacharan, auteur des Noirs américains des champs de coton à la Maison Blanche Bacharan 2010. 51 “These histories are as much the product of forgetting as of remembering. To understand the history of civil rights it is essential to bring the North back in,” dans Sugrue 2009 xiv. 52 En reprenant le concept développé par deux historiens des sciences à propos d’un astronome français Felix Tisserand dont le nom fut oublié au profit de Pierre-Simon Laplace. Voir William McLaughlin et Sylvia Miller, The Shadow Effect and the Case of Félix Tisserand » , American Scientist, 2004, vol. 92, no 3, p. 262. 53 “Through the heart of Dixie, the way Sherman did”. Lewis et D’Orso 1998 227 Le général Sherman conduisit une offensive meurtrière lors de la guerre de Sécession, à travers la Géorgie et la Caroline du Sud, durant laquelle les troupes fédérales pratiquaient la politique de la terre brulée. 54 Cette organisation de jeunesse, née sous le parrainage des vieilles organisations traditionnelles, dont la NAACP, va rapidement se radicaliser et se porter à la tête de l’action à l’échelle locale. 55 La NAACP, National Association for the Advancement of Colored People naît en 1909 sous les auspices notamment de Du Bois. 56 “People always say that I didn't give up my seat because I was tired, but that isn't true. I was not tired physically, or no more tired than I usually was at the end of a working day.... No, the only tired I was, was tired of giving in” Rosa Parks. 57 Les Musulmans Noirs, Black Muslims, sont organisés dans la Nation de l’Islam. Cette organisation politique et religieuse radicale associe le refus du christianisme au nationalisme africain-américain. 58 “I had a lot of admiration for him, considering his background and where he came from and his having had to struggle so hard just to reach the point of being respected as a leader of the Black Muslims. He was a very brilliant man. Even when he was with the Black Muslims, I didn’t disagree with him altogether.” 59 “Parks’ memorialization promotes an improbable children's story of social change—one not-angry woman sat down, the country was galvanized and structural racism was vanquished.” 60 “The great temptation for the biographer of an iconic figure is to portray him or her as a virtual saint.” 61 “Obama has been thoroughly decoupled from the social movements that laid the basis for his election. He has been turned into a kind of saviour who descended onto the world stage, transcendent of race and other fetters of identity, a transformational force upon whose shoulders the future of the nation and the free world rests.” 62 Ce terme a été développé notamment par des sociologues tels l’américain d’origine tchèque Karl Wolfgang Deutsch Deutsch et Foltz 1963 et des historiens tel Eric Hobsbawm Hobsbawm, Eric et Terence Ranger, eds. The Invention of Tradition. Cambridge Cambridge University Press, 1983. et Benedict Anderson Anderson, Benedict, Imagined Communities Reflections on the Origin and Spread of Nationalism New Edition, Londres Verso, 2006.Top of page References Electronic reference Olivier Maheo, Histoire et mémoire du mouvement des droits civiques, terrain privilégié du fratricide rassurant », Textes et contextes [Online], 9 2014, Online since 05 December 2017, connection on 17 August 2022. URL of page About the author Olivier Maheo Doctorant, CREW EA 4399, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, UFR du Monde Anglophone, 5, rue de l’École de Médecine, 75006 Paris By this author Published in Textes et contextes, 15-2 2020 Top of page

Portraitd'une nouvelle star. Depuis mercredi, le public français découvre dans le film de Manu Payet et Rodolphe Lauga, «Situation amoureuse: c'est

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This figure recorded the highest increase in cases of corona virus in a day worldwide. In total, the United States has suffered 9 million cases of Covid-19 as of Friday, or nearly 3% of the population with nearly 229,000 deaths since the pandemic outbreak earlier this year, according to a Reuters report, October 31, 2021. US health authorities on Friday confirmed that 100,233 people have tested positive for Covid-19 over the past 24 hours. Friday’s tally set the highest daily Covid-19 record in the US for the fifth time in 10 days, surpassing the previous day’s highest daily spike of 91,248 new cases. The report also represents the world’s highest national daily casualty toll during the pandemic, surpassing India’s record 24-hour spike in daily cases of 97,894 recorded in September. On Friday dozens of states individually reported a record number of new daily cases. Serious cases of Covid-19 are also on the rise, as hospitals in six states report having the most patients with the disease since the pandemic began. The number of Covid-19 patients hospitalized has increased by more than 50% in October to 46,000, the highest since mid-August. Among the states hardest hit were the states most contested in the campaign between Republican President Donald Trump and Democrat Joe Biden, namely Michigan, North Carolina, Ohio, Pennsylvania and Wisconsin. More than 1,000 people died from the virus on Thursday, the third time the daily death toll has exceeded that this month, and the death rate is expected to continue rising. Covid-19 claimed at least 926 more deaths as of Friday. The University of Washington’s latest prediction model projects the death toll, which had held at a monthly pace of more than 22,000 for most of October, will start climbing next month towards a new record of more than 72,000 in January. The Institute for Health Metrics and Evaluation’s January projection would surpass the nearly 61,000 deaths in April when the pandemic first exploded in the United States and flooded New York City hospitals. Joe Biden and his Democrats in Congress have criticized President Trump for handling his health crisis. In the US House of Representatives, Democrats released a report on Friday condemning the Trump administration’s pandemic response as “one of the worst leadership failures in American history”. “At least 6 million Americans have fallen into poverty and millions more are unemployed,” the report said. The 71-page interim report by Democrat staff from the House Election Subcommittee on the Coronavirus Crisis also said investigators identified more than 60 instances in which Trump administration officials rejected or overruled top scientist advice to advance the president’s political interests. “The government’s response to this economic crisis has benefited large corporations and wealthy Americans, while leaving behind many disadvantaged communities and struggling small businesses,” the report said. After being hospitalized for Covid-19 in early October, Trump continued a massive campaign that drew thousands of supporters who gathered and many were not wearing masks. The Trump campaign says rallies are safe and that masks and social distancing are respected. A CNN investigation found that 14 of the 17 states surveyed showed an increase in the rate of Covid-19 cases only one month after hosting a Donald Trump campaign event.
Meilleureréponse. Le Petit Vampire. 5 janv. 2014 à 19:09. Bonjour,pour moi je pense qu'un Twilight 6 sera bien car comme dit Lyla Azz, les volturis pose un doute sur une éventuelle suite qui serait pour moi incroyable car j'en suis fan! Biz a
Film de Tony Kaye 1 h 59 min 3 mars 1999 FranceGenres Policier, DrameCasting acteurs principaux Edward Norton, Edward Furlong, Beverly D'Angelo, Jennifer Lien, Ethan Suplee, Fairuza Balk, Avery Brooks, Elliott GouldPays d'origine États-UnisCasting complet et fiche techniqueDereck, un néo-nazi repenti après un passage en prison, est décidé à changer de vie et à sortir son jeune frère Danny de cette spirale. La scène de la mâchoire = trauma à n'est pas de moi, mais j'ai trouvé ça très bon "Imaginerait-on Hitler en 1939 plier du linge avec un Juif, faire une bonne blague et du coup...Mais qu'est ce que fout American History X dans le sondage des pires films !!!??8KubritchCritique positive la plus appréciéeRégressionL'Amérique est un pays à deux visages. Réputée pour sa liberté d'entreprise et une réussite professionnelle ouverte à tous, elle connaît pourtant des poches de pauvreté, un communautarisme excluant...Lire la critique2Sabots l’on voulait rappeler la distinction fondamentale entre le fond et la forme, American History X constituerait un exemple tout à fait fertile. Sur le fond, le film cherche à dénoncer une...Lire la critique7L'héritage de la haineTrès intense, ce film politique, dur et nauséeux par son propos a eu un impact très important lors de sa sortie aux Etats-Unis parce qu'il aborde sans concession un sujet tabou, le côté sombre d'une...Lire la critique9en prison c'est toi le nègreEpoustouflant . Quel film ! une grande lecon de cinéma .le spectateur est passioné tout le long du film malgré sa cruauté qui'il Norton est parfait rien à redire .ce film m'a plu des...Lire la critique8Critique de par Tre_CoolBon, je dois l'admettre American History X n'est pas le film sombre, dur, crade, mais surtout "claque-dans-ta-gueule" qu'on m'avait promis. Il ne faut pas se voiler la face, le film n'est pas...Lire la critique8Critique de par BlockheadAmerican History X est un film culte dans lequel s'illustre un salaud repenti. Réalisée par Tony Kaye, cette fiction raconte l'histoire de Derek Edward Norton. Pour venger la mort de son père,...Lire la critiqueRecommandéesPositivesNégativesRécentes Seulsles succès internationaux sont ici traités, les petites productions artisanales le seront ultérieurement. 1. Enemy (Enemy Mine) – Wolfgang Petersen (1985) tip! Soutenez Mr Mondialisation sur Tipeee. Sorti en 1985, Enemy Mine est précisément l’exemple type du film de fiction résolument porteur de valeurs humanistes.
À travers l’Afghanistan, sous les talibans — Reportage par Rachida El Azzouzi et Mortaza Behboudi Climat — Reportage Livres — Entretien Comment les inédits de Louis-Ferdinand Céline ont été préservés » Il y a un an, le critique de théâtre Jean-Pierre Thibaudat confirmait dans un billet de blog de Mediapart avoir été le destinataire de textes disparus de l’écrivain antisémite Louis-Ferdinand Céline. Aujourd’hui, toujours dans le Club de Mediapart, il revient sur cette histoire et le secret qui l’entourait encore. Le temps est venu de dévoiler les choses pour permettre un apaisement général », estime-t-il, révélant que les documents lui avaient été remis par la famille du résistant Yvon Morandat, qui les avait conservés. Politique — Parti pris
Tandisque les Américains balancent des films comme American History X ou The Truman Show, en France on s’accroche avec des films comme Taxi ou Kirikou. Alors que pour composer la musique de ces films, les Américains ont des mastodontes comme John Williams ou Philip Glass, en France c’est un peu plus laborieux En cette belle année 1998 qui finira en .